Début de l’audition à 14h11. MF: Je voudrais commencer par la lettre anonyme du 28/10/2022 dont vous êtes le destinataire avec en annexe un e-mail (qui a été retiré) qui est un échange entre Nicolas Meire et Dirk Tirez et qui parle
d’une possible infraction par rapport à la concession et à des volumes cédés à PPP en échange de non- participation. Si vous pouvez expliquer le contexte.
JM: Je suis entré chez bpost le 10/01/2022 en fonction de CEO bpost Belgium. Dès mon arrivée, le CEO groupe a communiqué que j’étais à présent responsable du suivi de l’appel d’offre de la concession de la presse. La manière m’a tout de suite étonné et j’ai trouvé étrange que le CEO groupe me dise: «Je ne participerai plus aux réunions, c’est toi qui fait tout».
Il s’agit donc du dossier d’appel d’offres de la concession de la presse. Cela représente plus 100 millions € par an (ajout à la relecture : 175 millions €) et des milliers d’emplois. Je me suis rapidement attaché à lire les 17 comptes-rendus des réunions précédentes. J’ai compris que l’appel d’offres consistait à renouveler le contrat existant (cadre-procédure-Etat = SPF Finances).
Vers janvier-février (ajout à la relecture: Fin janvier), Nicolas Meire m’attend après une réunion et me dit «Jean, il faut que je te parle. On s’est arrangé pour que le contrat de concession de la presse vienne vers nous. On s’est s’arrangé avec les éditeurs». Je lui demande s’il fait cela tout seul. Il me répond: «Non ». Il cite un nom (ajout à la relecture: Tom Vermeersch),) et me dit que Dirk est au courant aussi.
Je décide de contacter mon avocat Me Craeninckx. Il me demande si j’ai confiance en Nicolas. Je lui dit que cela fait trois semaines que je le connais, qu’il était convaincant mais que je n’ai pas de preuves. Je n’ai que sa parole.
Mon avocat me dit que je ne peux pas laisser tel quel et qu’il faut vérifier si ce que Nicolas dit, y compris au sujet de Dirk, est vrai ou non.
Vers la mi -février (ajout à la relecture), je vais voir Dirk qui me dit « qu’il n’a rien signé ». J’étais plus perturbé que lors de la première réunion. Je retourne voir mon avocat et je lui rends compte de ma conversation avec Dirk Il me dit qu’il faut documenter cette réunion. Mon avocat me prépare un mail dont j’ai encore la copie (1er mars ).
Entretemps, j’ai été questionné dans le cadre de l’enquête interne. Je me suis souvenu qu’à l’époque il était question qu’on essaye d’inclure une clause d’indexation dans la contrat. L’appel d’offre ne prévoyait pas de formule d’indexation et à l’époque l’inflation montait fortement. On ne voulait pas conclure de contrat s’il n’y avait pas d’indexation, mais la procédure ne le permettait pas. Je me dis qu’il va falloir relancer la procédure. On recommence la procédure à zéro et s’il y a un nouveau appel d’offre que nous gagnons, il sera correct, gagné sur des bases légitimes.
En mars, j’apprends qu’il y aura finalement une possibilité d’inclure une indexation sans relancer l’appel d’offre. Mon idée c’était que l’Etat relance la procédure d’appel et qu’on puisse démarrer sur des bases saines. De tous les scénarios que j’ai envisagé, c’était le moins dommageable pour tout le monde.
Comme l’appel d’offre en cours allait donc se poursuivre, Il fallait que j’aille de l’avant et que je documente la conversation avec Dirk Tirez, ce que j’ai fait le 24/3. C’était d’autant plus important que je constatais que lui, il œuvrait pour faire aboutir l’appel d’offre en cours.
J’ai, à un moment donné (ajout lors de la relecture), envisagé de dénoncer les irrégularités de manière plus formelle, d’aller faire une déposition auprès des autorités telles que la police. J’ai demandé à mon avocat quelles étaient mes obligations en tant qu’employé de bpost. Il m’a répondu: «Tu as connaissance d’un délit mais tu n’es pas à l’origine de ce délit, donc tu n’es pas responsable»
Pour essayer d’arrêter la procédure en cours, j’en parle à la présidente, qui comme moi, n’est pas là depuis longtemps. Ce n’est que fin mars que je pense comprendre le mécanisme de collusion, car il est ingénieux.
Avec la présidente, nous envisageons de faire un audit «compliance review». J’ai interprété cela comme un «desk review» (vérification).
Pendant ce temps, il y avait des réunions avec les éditeurs où je n’étais pas invité. Dirk Tirez et Nicolas Meire y étaient présents et je l’apprenais par après. Dirk Tirez me disait : «Je vais y aller avec Tom Vermeirsch et toi non». J’ai trouvé cela anormal.
Je dis à Dirk: «Tu me dis que je suis responsable et c’est toi qui négocies avec le gouvernement et qui vas aux réunions avec les éditeurs, cela ne va pas». J’ai confirmé ce point dans un mail.
C’est à ce moment que des gens me disent que ma carrière chez bpost est finie. J’en suis totalement étonné. Quand j’ai démarré chez bpost, il y avait un problème financier à cause d’Amazon. Après le covid, les volumes s’écrasaient, il fallait compenser les volumes par des nouveaux clients (plan commercial). J’ai alors entre autre dénoncé l’accord avec Amazon et proposé de se remettre à table pour proposer quelque chose qui convienne aussi à bpost. Ils sont finalement arrivés à un nouvel accord. D’autre part on s’est mis à table avec les partenaires sociaux pour négocier les restructurations dans le réseau de distribution. En plus, en parallèle j’avais relancé un plan stratégique pluriannuel avec mon top 60 et c’est alors qu’on me dit : «Jean, tes jours sont comptés». Cela n’avait pas de sens.
En septembre, nous allons présenter le plan stratégique aux Etats-Unis. Fin septembre, les messages concernant la fin de mon contrat deviennent de plus en plus pressants. Cela ne va pas, je suis inquiet. L’audit était en cours mais je n’entendais plus rien. J’avais l’impression que j’allais être utilisé comme fusible et indiqué comme responsable. Pour me protéger, je décide alors d’enregistrer des conversations.
Première conversation: Nicolas Meire. Mon but était de lui faire redire ce qu’il m’avait dit la première fois sur les mécanismes de collusion mis en place entre bpost -DPG et PPP. A un moment, il dit «Ce que je dis maintenant pourrait se retourner contre moi». Ce n’est peut-être pas un smoking gun, mais ce n’est pas non plus la réponse de quelqu’un qui entend parler de la collusion pour la première fois.
Le 27 ou le 28 Septembre 2022, je me dis qu’avec les pièces que j’ai fournies à l’audit, ils vont passer à une autre phase d’investigation plus intrusive du genre « forensic investigation ». Je m’attends à ce qu’on me demande d’isoler Nicolas Meire de tout ce qui concerne la presse (plus aucun contact avec la presse).
J’appelle la nouvelle responsable des ressources humaines, Annette Böhm et lui laisse un message : «Annette, il se peut que je doive isoler Nicolas Meire mais comme il a, outre son contrat d’employé chez bpost, un contrat de management chez UBIWAY, comment dois-je m’y prendre ? Peux-tu m’aider? »
Le samedi, elle m’envoie un SMS qui disait: «J’ai eu Dirk, il m’a dit qu’il n’y avait pas de problème sur l’audit, donc il n’y a pas lieu d’isoler Nicolas.»
J’étais très étonné. Je me suis dit que cela n’allait pas du tout, comment était-il possible que l’audit conclue qu’il n’y avait pas d’irrégularités ? Je craignais que plus tard on puisse me dire que c’était ma responsabilité et que je ne serais pas là pour me défendre.
Le lundi 03 octobre, je rencontre Annette qui me confirme le contenu de sa conversation avec Dirk : Il n’y a pas d’irrégularités, ni de recommandations.
J’envoie un mail à Dirk: «Je suis très étonné, je te fais part de mes interrogations concernant ce dossier, une employé de l’entreprise me raconte que tu es au courant d’une collusion, ce n’est pas possible, on ne peut pas laisser cela comme ça.». J’ai un rendez-vous avec Dirk à 15h et lui dit : Nous allons continuer à investiguer du côté des éditeurs pour vérifier si oui ou non il y a quelque chose. Dirk me dit alors qu’il y a un deuxième point dont il veut me parler et me dit : « le CA s’est réuni et a décidé de mettre un terme à ton contrat de travail.»
Je demande pour quelles raisons. Dirk me répond: «La semaine passée, tu étais absent de la réunion du comité paritaire, c’était un problème.» J’ai aussi enregistré ma réunion avec Dirk.
Après ma réunion, Dominique Piret propose une convention transactionnelle.
Je vais voir mon avocat. Le lendemain il y a un article incendiaire dans la presse à mon égard (De Tijd). Alors que les résultats trimestriels ont prouvé que j’ai redressé les finances (communication du troisième trimestre), je suis traîné dans la boue. Je suis convaincu qu’on a voulu se débarrasser de moi, parce qu’il y a des situations illicites et qu’on veut m’écarter avant la fin de l’audit en cours.
Mon avocat est surpris de la manière dont j’apprends les conclusions de l’audit interne. «Il est à l’origine de cette vérification, mais c’est la directrice des ressources humaines qui lui fait part des conclusions.. On lui a dit que l’audit interne a conclu à l’absence d’irrégularités la veille de son licenciement.»
Je parle à une amie qui est au gouvernement et elle me dit que le sort qu’on m’a réservé est étonnant, qu’elle va se renseigner pour essayer de comprendre. Le lendemain de mon départ, Me Craeninckx est appelé par l’avocat de bpost, un pénaliste (Tom Bauwens).
DG: Vous avez encore des contacts avec les gens de bpost?
JM: Oui, j’ai des discussions avec eux concernant mon licenciement et mes conditions de départ.
L’avocat de bpost me dit que je dois arrêter de mettre en cause les raisons de mon départ sinon il sera hors de questions de conclure une convention transactionnelle. Selon mon avocat, mon licenciement est abusif et sans fondement manifeste.
L’avocat de Mr Muls ajoute que reprocher à Jean Muls de ne pas avoir été présent à une réunion et invoquer cela comme cause de licenciement, cela ne va pas.
Les avocats de bpost ont exigé d’obtenir copie des enregistrements et nous nous sommes mis d’accord pour faire écouter l’enregistrement aux avocats de bpost le 17/10. Après l’écoute, Me Bauwens a changé de ton, en présence de Stéphanie Tack et de l’auditrice de bpost. Je lui ai transmis une transcription des messages reçus.
DG: Désirez-vous soumettre des pièces ici?
JM: Oui.
JM: C’est vers la fin mars 2022 (ajout à la relecture) que je retrouve le courriel du 25/01/2022, avec en annexe un courrier des éditeurs du 24/01/2022 se plaignant de la qualité et informant qu’ils vont transférer une partie de leurs activités à une autre société. J’avais trouvé cela tout de suite bizarre car d’habitude un plaignant a un ton désagréable, il demande des compensations financières et nous on essaie de la retenir. Ici, rien de tout cela. L’éditeurs était DPG.
DG: Cela rentrait dans le cadre de ce que Nicolas Meire vous avait dit?
JM: Le mécanisme était le suivant: les éditeurs nous disent que la qualité est insuffisante, qu’ils vont transférer une partie du volume à un autre fournisseur. DPG prend un volume de chez nous dont la distribution est payée par l’Etat pour la transférer à quelqu’un qu’il devra payer lui-même. J’en ai déduit que c’est la manière dont DPG donne un avantage à PPP qui, dans l’appel d’offres, aurait remis une offre supérieure à celle de bpost. Donc, bpost gagne et DPG va donner du volume d’affaires à PPP. DPG doit trouver son compte d’une manière ou d’une autre (supposition).
PPP travaille avec des sous-traitants des pays de l’Est.
MF: Est-il impossible que DPG ait des subsides par ce biais-là?
JM: Pour l’appel d’offres, je mets à 100 et toi à 90, cela permet d’avoir des prix élevés. Est-ce qu’il y a d’autres manières dont DPG pourrait être dédommagé par bpost? Je ne sais pas.
DG: En parallèle, pourrait-il y avoir quelque chose lié à une transaction commerciale entre bpost et DPG concernant le rachat d’une filiale (Aldipresse)?
JM: Je ne pense pas vu l’équipe d’achats dont je pense qu’ils suivent scrupuleusement les règles.
DG: A la même période, est-ce qu’une restructuration chez DPG et bpost aurait pu reprendre des actifs?
JM: Pas chez bpost. bpost et AMP s’occupent de la distribution de journaux aux magasins. Ce dont on parle, c’est la distribution entre les éditeurs et AMP. Les volumes diminuent, il faut assainir, rationaliser. Il est normal que DPG ferme quelque chose.
DG: Pour nous, c’est une zone peu claire, il faut que l’on comprenne le mécanisme de compensation du geste que les éditeurs auraient fait vis-à-vis de PPP.
JM: La raison pour laquelle je pense que Aldipresse n’a rien à voir, c’est parce que si j’avais dit non, l’acquisition ne se serait pas fait. Personne n’a exercé de pression pour faire cet achat. Ce qui m’a dérangé, c’est le projet de communication relatif à cette acquisition. Projet qui allait être signé par moi et qui indiquait que cet achat cadrait dans les bonnes relations entre la Poste, AMP et DPG. On rachète une société pour le sens de l’affaire, cela rapporte de l’argent, cela permet de faire des économies plus vite.
DG: Qu’est-ce que Nicolas Meire vous a dit quand vous être entré chez bpost?
JM: «On s’est arrangé avec les éditeurs pour que bpost gagne». J’avais l’impression que PPP s’était retiré, mais j’ai par la suite entendu que PPP avait remis une offre supérieure à bpost. J’ai appris cela au tout dernier moment, je ne sais pas si c’est vrai.
Lors du premier entretien, ils m’expliquent de s’arranger avec les éditeurs pour qu’on ait l’affaire. Au début, je n’ai pas compris et pas tout de suite fait le lien avec la lettre des éditeurs. Après j’ai compris que cette lettre était la première tranche. J’ai toujours le courrier (18/01/2022).
DG: Avez-vous lancé une enquête interne?
JM: Oui, pour comprendre qui était PPP. j’ai fait vérifier qu’il n’y avait rien d’anormal concernant PPP et ses filiales. Cela je l’ai inclu dans mon courrier du 24/03.
AMP est la partie contractante, les éditeurs vont recevoir les journaux, les marchandises et puis ils font transporter cela par des gens. AMP livre à des libraires et grands magasins. Je pense comprendre le mécanisme.
DG: bpost, AMP, PPP et Ubiway ont des relations commerciales directes avec les éditeurs. Cela pourrait donner lieu à des transferts ou des compensations?
JM: Je ne pense pas. Je considère le patron des AMP comme un homme fiable. AMP travaille pour différents éditeurs et les prix sont cohérents.
MF: Y a-t-il une compensation éventuelle au niveau du comité de pilotage (steering committee) ? L’évaluation de la convention et des éventuels problèmes, PPP aurait eu du volume. Expliquez le cadre de cette évaluation. On nous a expliqué que cette évaluation de la convention et des éventuels problèmes avec les compensations, cela n’a pas été examiné par vous.
DG: Il y a eu une réunion entre vous, Nicolas Meire et les syndicats pour expliquer que des volumes allaient être transférés chez PPP.
JM: Je n’ai pas assisté à cette réunion. Le transfert vers PPP s’est fait en mai/juin. Cela a été soulevé par les partenaires sociaux pour déclencher une grève. Il a fallu expliquer que c’était à cause de la qualité. C’est le comité de pilotage qui regarde les grands projets.
Mon patron m’a dit: «Jean, c’est toi qui prends la présidence du comité de pilotage». J’ai dû me former sur le tas. Il y a eu trois ou quatre comités de pilotage depuis.
DG: Concernant le courrier anonyme qui vous a été adressé qui porte sur un éventuel accord avec Lagardère au moment de la cession d’AMP qui aurait faussé la concurrence dans le cadre de l’octroi de la concession actuelle. Étiez-vous au courant?
JM: Lors de l’enregistrement de Nicolas Meire du 27 septembre 2022, il m’a dit quelque chose du genre: «Ce qu’on est en train de faire maintenant, ce n’est rien à côté de ce qui s’est passé à l’époque de X et Y». Je me souviens que dans un autre dossier, Nicolas Meire m’a dit: «Si on s’en prend à moi, j’ai de quoi me défendre». Quand je mets ces trois choses ensemble, cela me préoccupe.
DG: A propos des pièces jointes découvertes dans une salle de réunion chez bpost.
JM: Cela ressemble à la recette de la collusion. Il cite un deuxième éditeur. Le courrier a-t-il été oublié?
MF: Nicolas Meire n’a jamais eu de procédure ouverte contre lui?
JM: Le premier jour de mon arrivée, j’ai eu un dossier sur mon bureau concernant sa compensation lorsqu’il était CEO d’UBIWAY . Je ne comprenais pas bien, j’avais l’impression qu’on cherchait une raison pour l’éliminer. Les faits remontaient à août 2021. Il se serait fait conduire par un chauffeur de l’entreprise pour aller de son domicile à des réunions. C’était le moment de son bonus annuel. J’ai vu l’homme en action contre les partenaires sociaux, il défendait l’entreprise. Je le trouvais loyal, cela ne collait pas lorsqu’il est venu vers moi avec Ubiway.
Je n’ai pas pu dissocier cet audit sur sa compensation et la volonté de Dirk de le licencier avec le fait qu’il était témoin d’une potentielle collusion. Est-ce que quelqu’un veut éliminer les preuves? Si on avait été au procès avec les éléments du dossier d’audit, nous n’aurions pas eu gain de cause. Si on n’a aucune chance de gagner, on ne va pas le faire partir. Par la suite, Nicolas Meire a fait des choses et mon appréciation envers lui a beaucoup évolué. Loyauté envers l’entreprise, oui, mais compas éthique complètement déréglé. Il ne sait pas distinguer ce qui est grave ou pas. Quand il est venu vers moi avec l’affaire de collusion, j’avais l’impression qu’il ne trouvait pas cela grave. Alors que c’est un délit pénal.
DG: Etiez-vous au courant d’incitants financiers pour certaines personnes?
JM: Oui, et j’ai trouvé cela aberrant. Ce n’est pas la première fois que je trouvais des choses aberrantes. Quand je suis arrivé, on m’a dit: «Il y a X, Y, Z qui ont reçu des « primes de rétention ». On fait cela quand on doit restructurer». Peut-être pour Nicolas Meire et une autre dame. J’ai trouvé cela bizarre. On m’a dit que l’on mettait des incitants financiers à gauche, à droite alors que le responsable des ressources humaines me dit qu’il n’est pas au courant.
Je dis à Marc: «Cela ne va pas». Dans le cadre de l’audit sur Nicolas Meire, j’ai reçu copie de son contrat, j’ai vu qu’il avait un incitant financier à la reconduction du contrat de concession de la presse. On me donnerait cela, je refuse. C’est malsain des deux côtés, surtout lié à quelque chose comme cela.
DG: Le fait de communiquer des pièces est important pour nous. Concernant les faits, on vous a expliqué qu’il y avait un accord qui devrait permettre à bpost de renouveler cette concession. Avec l’implication des éditeurs et vous faites un lien entre cet arrangement (courrier + Mediahuis qui pourrait être impliqué). Vous n’avez pas constaté d’autres irrégularités qui auraient pu expliquer une compensation entre bpost et les éditeurs et/ou PPP.
Selon vous, Mr Tirez était au courant.
JM: Dirk m’a dit « qu’il n’avait rien signé ». Mon but était d’arrêter le processus afin d’éviter un scandale et mettre à mal la réputation de bpost. Il y a 3.000 emplois, je voulais trouver une solution, ne pas conclure de contrat sur base d’un délit. J’aurais pu aller à la police ou faire une alerte mais je n’avais pas de preuves, beaucoup de présomptions.
DG: N’y avait-il pas dans l’entreprise des personnes de confiance pour en parler?
JM: On parle quand même du CEO qui était impliqué ! Pourquoi je n’ai pas parlé à la personne de confiance plutôt que la présidente ? Comme ma stratégie consistait à arrêter l’appel d’offre en cours, ce qui aurait permis de préserver la réputation de l’entreprise et de redémarrer un nouvel apprl d’offre Si j’avais été voir la personne de confiance, que j’aurais donc sonné l‘alerte de manière formelle, cela aurait fait scandale. Par la suite, bpost n‘aurait pas pu participer au nouvel appel d’offre, avec comme conséquence qu’on aurait dû mettre 3.000 personnes au chômage.
DG: Est-ce qu’il y avait un risque que bpost ne remporte pas cette concession?
JM: Je ne sais pas. Il y a un article de 2021 où PPP se vante qu’il va reprendre le Postier. J’ai trouvé cela plausible. Henry de Romrée a été le directeur de la division courrier, et il est revenu en mars pour redevenir le patron des E-U.
MF: Vous n’avez pas de soupçons sur lui?
JM: Non (ajout à la relecture: à fin Janvier, si). Marc Michiels c’est le responsable des ressources humaines qui part à la pension d’ici la fin de l’année. .
DG: Par rapport à l’audit interne toujours en cours chez bpost, vous avez déjà été entendu?
JM: Oui hier j’ai été entendu par les avocats de bpost. On m’a donné congé le 03/10. Quelques jours après l’audition de mes enregistrements qui ont eu lieu le 17/10 dans les bureaux des avocats de bpost, j’apprends que le patron de bpost fait un pas de côté.
Je vois que le CEO fait un pas de côté, cela me soulage un peu. La dernière discussion que j’ai eue avec Mr Tirez sur les audits le 03 octobre, jour de mon licenciement , il m’a dit: «Tout cela ce sont des gens sous ta responsabilité» J’étais donc un peu énervé. J’ai la conviction qu’il voulait se décharger de ses responsabilités sur moi.
Je rentre la journée du 3 au soir à mo, domicile privé et je vois que tous mes mails de bpst sur mon GSM ont disparu. Sur mon PC, j’ai pu en sauver une partie et une partie des documents qui sont sur le OneDrive. Il y quelques jours bpost voulait reprendre possession du PC. Je leur ai dit que j’étais prêt à le rendre à condition qu’ils me donnent une copie de tous mes mails. Avant cela je ne collaborais pas avec les enquêteurs de bpost.
Il y a eu le départ de Mr Tirez puis de Mr de Romrée. Philippe Dartienne étant arrivé tout récemment, c’est quelqu’un de confiance. Mon avocat et celui de bpost n’arrivaient pas à trouver un accord, j’ai été contacté par mon ancien collaborateur Mr Piret, qui lui dit qu’ils ont besoin du PC pour vérifier que ce n’était pas moi qui avait envoyé la lettre anonyme. Dans ce contexte-là, j’ai tout de suite accepté de collaborer. J’ai rencontré les avocats de bpost la première fois avant-hier à 21h pour témoigner. On m’a posé la question: «Pourquoi avez-vous écrit ce mail le 24?».
Quand j’ai reçu un courrier avec la pièce jointe, je l’ai envoyé à Dirk en lui disant que je trouvais ce courrier bizarre. A ce moment-là c’était ma seule question. Donc j’ai expliqué cela, puis j’ai expliqué que nous avions retrouvé le projet du courrier à Mr Tirez le 24, mais c’était le 1er mars.
Que s’est-il passé entre le 1er mars et le 24 mars? Il y avait cette histoire d’indexation. Si l’indexation avait lieu, la procédure aurait été annulée et à ce moment-là, il n’y avait pas de raison que je documente quelque chose qui n’avait plus d’importance. Si l’indexation est possible, il fallait que je documente, c’est pourquoi j’ai envoyé ce courrier le 24/3.
Les enquêteurs de bpost m’ont posé plein de questions: «Dans ce courrier anonyme, on voit que c’est toi parce que tu parles de la présidente, de toi.» Il est vrai que j’ai (ajout à la relecture : j’avais) de bonnes relations avec la présidente et en ai toujours avec la ministre, mais c’est tout.
Après le 5, je me suis vraiment fâché à la parution du Tijd car là on en voulait à ma réputation. Ma spécialité c’est de transformer les entreprises. Je trouve cela scandaleux.
DG: Vous avez été entendu le 15/11 et hier aussi?
JM: Oui. Ils vont m’envoyer mes témoignages, je vais relire et les contresigner pour les valider.
DG: La teneur de ce que vous avez dit à bpost correspond à ce que vous m’avez dit? Il n’y a pas d’éléments supplémentaires?
JM: Ce qui me perturbe, ce sont les conditions de mon départ. J’ai vu une personne qui m’a dit que mes jours étaient comptés (ajout à la relecture : Il s’agit de Patrick Simon, Directeur des opérations Distribution Sud, qui se dit conseiller de la présidente, un «Pilier du PS » comme le dit la présidente). Cette personne a une couleur politique et se dit proche de la présidente. Un des délégués du personnel m’a dit à son sujet: «Est-ce que tu es au courant qu’Henry, quand il vient en Belgique, il va visiter les opérations belges sur invitation de Patrick Simon sans t’en parler ?». J’ai l’impression que certaines personnes ont œuvré à ma chute avec Dirk, qu’une série de personnes ont formé une coalition pour me faire tomber. Je ne pense pas que j’ai fait quelque chose chez bpost qui mérite le sort qu’on m’a réservé.
MF: bpost n’a pas changé son approche? Ils ne vous demandent pas de coopérer moyennant une offre quelconque?
JM: Ce qui est important pour moi, c’est la vérité, tant que cela permet de préserver ma réputation. Je leur ai dit : « Ce que les gars sont en train de faire, cela a été mon métier pendant des années. Si je peux vous aider, je suis là. Pourquoi vous ne me le demandez pas? » La raison qui m’a été donnée par mon patron le 3/10: «Tu n’étais pas présent à la réunion du comité paritaire présidée par la présidente du conseil». Je crois que la présidente du conseil a été manipulée, mise sous pression. Elle a été partie prenante au processus, elle n’a pas dit non. Pour savoir dans quelle position elle pouvait me reprendre, ce serait admettre une erreur. C’est comme cela que j’analyse la situation aujourd’hui.
Je lui ai dit :« Dans mon cas, une réputation cela ne se paie pas. La seule manière de rétablir ma réputation, c’est que vous me réengagiez, pas nécessairement au poste de CEO. C’est la seule manière de montrer que bpost n’a rien à me reprocher parce que sinon il y aura toujours des soupçons. Je ne sais pas s’ils sont prêts à l’entendre ». Dans une démarche, ce sont des priorités.
KDV: Quand Nicolas Meire dit: «On s’arrange avec les éditeurs», avez-vous une idée?
JM: De eerste keer dat hij dat aan mij heeft gezegd, had ik het mecanisme nog niet begrepen. Ik beeldde het me zo in als volgt: al mijn éditeurs hebben ervoor gezorgd dat PPP zou vergoed zijn om te ervoor te zorgen dat bpost de tender zou winnen. Maar dan hoe? Daar heb ik even de tijd voor nodig gehad. Het is complex.
KDV: Wie binnen de uitgevers zouden dat geweest zijn?
JM: Bij mijn beste weten, dezelfde mensen die op de uiteindelijke brief staan. Ik denk dat ik één van deze mensen heb ontmoet in het kader van de overname van Aldipress. Maar toen hebben we het alleen gehad over de overname van Aldipress.
KDV: Dit is natuurlijk een brief van DPG.
JM: Staat daar niemand in cc van?
KDV: Er staat nog Steven Wijnen, met de vermelding DPG Media ernaast. Er is bij uw weten dan geen brief van Mediahuis om volumes te verschuiven?
JM: Misschien wel nog vermelden dat in de opname die ik gemaakt heb van het gesprek met Nicolas Meire, vraag ik hem of er nog andere mensen zijn die gehoord worden. Hij had me toen in het begin een naam gegeven, die ik was vergeten. Ik probeerde dat toen te weten te komen. Het was niet iemand in mijn onmiddellijke nabijheid want dan zou ik die naam onthouden hebben. Ik probeerde Nicolas Meire toen op 27e oktober die naam terug te laten zeggen, zo een beetje te lokken en hij spreekt over Tom Vermeirsch (intern bij bpost).
MF: Quand vous êtes arrivé, à quel stade en était l’offre de bpost?
JM: L’offre était quasiment terminée, on a encore fait le BAFO avec l’indexation.
KDV: En was het dan op dat moment al duidelijk dat PPP ging deelnemen of niet meer ging deelnemen?
JM: Het was niet duidelijk, maar het is wel de informatie die we binnenkregen. In mijn brief van 24 maart spreek ik daarover. Ik denk dat ik iets zei van “het lijkt dat we de enige partij zijn met wie de overheid in gesprek is”.
KDV: Want eerst had u ergens vermeld dat PPP tegen een hogere prijs dan bpost had ingediend. Maar zij hebben uiteindelijk geen prijs ingediend of wel?
JM: Ik dacht de hele tijd dat ze zich hadden teruggetrokken, maar ik weet niet op welk moment. Mijn besef was dat ze zich hadden teruggetrokken en dan later in de opname met Nicolas Meire zei ik aan Nicolas Meire dat ik het niet goed begreep waarom PPP zich had teruggetrokken. En toen zei Nicolas Meire dat het zijn interpretatie was dat hun prijs nogal hoog was.
MF: Nous sommes à la fin des questions.
KDV: On va vous envoyer encore une demande de renseignements pour transmettre les échanges d’e- mails que vous avez mentionnés. Je vous invite également à nous faire parvenir tout autre document que vous estimez utiles.
MF: Je vous remercie pour votre collaboration. On va vous envoyer le plus rapidement possible le procès-verbal de cette audition.
Fin de l’audition à 15h42.
Bruxelles, le 17 novembre 2022,
Après lecture, approuvé, signature Pour l’Autorité belge de la concurrence
Jean Muls Katrijn De Vliegher