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PARTIE 3 · LA RUPTURE

Contexte social, performance et processus de décision

Cette analyse suit la construction de la décision de licenciement depuis les tensions sociales de juin 2022 jusqu’aux justifications judiciaires. Elle sépare les résultats obtenus, les critiques adressées à Jean Muls, les organes qui ont décidé et les motifs développés après la rupture.

Période principale : juin–décembre 2022Décision de rupture : 3 octobre 2022Dernière mise à jour : 27 octobre 2026Lecture croisée : contexte · performance · processus · causalité
Conversation complète : Anette Böhm · 6 messages, transcription datée et pièces sources.
Cadre de lecture. Cette page distingue le contenu des documents, la thèse de chacune des parties et l’appréciation du Tribunal du travail francophone de Bruxelles. Le jugement du 18 avril 2025 fait l’objet d’un appel : ses constatations ne sont donc pas présentées comme définitivement acquises.

01 · GRILLE DE LECTURE

Quatre fils doivent être suivis sans les confondre

À retenir. Les pièces établissent un noyau de critiques de performance et un désaccord de gouvernance, mais leur ancienneté, leur communication préalable et leur poids causal restent inégalement documentés. L’alerte, les tensions sociales et les intérêts liés aux activités de presse forment un contexte à examiner séparément ; leur rôle propre dans la décision de rupture n’est pas établi.
La question n’est pas seulement de savoir si des critiques existaient, mais quand elles ont été formulées, à qui elles ont été communiquées, comment elles ont été vérifiées et quel poids elles ont effectivement eu dans la décision.
ContexteUne crise sociale antérieure

En juin 2022, les organisations syndicales mettent publiquement en cause la relation avec Dirk Tirez. Le rétablissement annoncé de la confiance début juillet reste insuffisamment documenté.

PerformanceRésultats et aptitude au rôle

Les résultats opérationnels et le travail stratégique doivent être examinés séparément des appréciations de leadership, de communication et de rythme de transformation.

ProcessusUne décision préparée avant le 3 octobre

La convocation du RemCo et les procès-verbaux datés permettent de reconstituer la chaîne institutionnelle. La « Recommendation to Exit », centrale par son contenu, ne porte elle-même ni date, ni auteur, ni en-tête : elle ne fixe donc pas à elle seule le moment de formalisation des griefs.

Causalité contestéeDeux processus contemporains

La sortie est préparée alors que la présidente connaît l’alerte, a demandé une revue et en suit le résultat. Ces faits inscrivent la connaissance de l’alerte au cœur de l’examen du processus de rupture et imposent de la confronter au rôle joué par chaque intervenant dans la préparation et la décision du licenciement.

02 · CONTEXTE SOCIAL

La relation sociale doit être reconstruite sur toute l’année, pas à partir du seul 29 septembre

Avant l’entrée en fonction : un profil social présenté comme un atout

Échange contemporain

Le 16 décembre 2021, Audrey Hanard présente Patrick Simon à Jean Muls comme un dirigeant très proche de la base et des syndicats, capable d’être un « allié précieux » s’il se sent écouté. Jean Muls lui rappelle ensuite le vote positif à 85 % obtenu par le plan social négocié avec la FGTB et la CSC chez TNT/FedEx Liège ; Audrey Hanard répond : « Excellent – félicitations ! ». Dans leurs échanges, Audrey Hanard déclare également avoir pris des références sur les relations de Jean Muls avec les partenaires sociaux. Cette déclaration émane de la présidente du conseil d’administration et constitue un élément contemporain favorable à l’appréciation de son profil social avant son entrée en fonction. Échanges WhatsApp avec Audrey Hanard.

Janvier–1er juin 2022 : des échanges suivis et un soutien public de Patrick Simon

Captures contemporaines · audition ABC

Les SMS montrent des échanges réguliers sur des réunions, visites opérationnelles, Omega/DND et sujets sociaux. Le 24 janvier, Patrick Simon écrit à Jean Muls qu’il l’avait averti et que « Stéphane n’est pas là » ; en mai, ils discutent encore d’une orientation commune et des changements à conduire. Dans son audition du 7 février 2023 devant l’Autorité belge de la concurrence, Jean Muls rapporte qu’au Top 800 des opérations, réuni à Bruges le 1er juin 2022, Patrick Simon lui apporte publiquement son soutien devant les participants en déclarant : « C’est Jean notre nouveau patron, il faut le suivre. » Ce propos est ici attribué au témoignage de Jean Muls consigné dans l’audition. Avec les échanges contemporains, il est difficilement compatible avec l’idée d’une défiance ancienne et continue de Patrick Simon ou d’un défaut d’engagement social clairement reproché dès les premiers mois. SMS avec Patrick Simon, janvier–mai 2022 · Audition du 7 février 2023.

Un calendrier social dense et des contacts individualisés

Agenda et échanges directs

Le relevé d’agenda documente dix-sept réunions collectives avec les partenaires sociaux entre le 14 janvier et le 23 juin 2022 : les 14, 21, 24 et 27 janvier, 7 et 24 février, 10 et 17 mars, 20, 21 et 28 avril, 3, 19 et 20 mai, ainsi que les 7, 8 et 23 juin. Il documente en outre des entretiens individuels avec Stéphane Daussaint les 2 juin et 31 août, Annick Boon le 26 août, Luc Tegethoff le 29 août et Geert Cools le 8 septembre, ainsi qu’une rencontre fixée avec Thierry Tasset le 6 septembre puis annulée par celui-ci.

Les captures d’écran confirment la continuité de ces contacts au-delà des réunions institutionnelles. Le 25 juin, Jean Muls répond à un malentendu avec Annick Boon, rappelle avoir recherché le contact avec chacun des cinq délégués dès son arrivée et lui transmet une référence syndicale de son emploi précédent ; Annick Boon répond sur la nécessité de clarifier et de rétablir la transparence. Ils organisent ensuite leur petit-déjeuner du 26 août. Les échanges avec Geert Cools montrent les démarches répétées de Jean Muls pour obtenir un entretien, finalement tenu le 8 septembre, puis une mise en relation professionnelle encore suivie le 26 septembre. Le 3 octobre, après le licenciement, Geert Cools lui écrit regretter la manière dont les choses se sont déroulées et ne pas aimer « ce genre d’intrigues ». L’ensemble établit une activité sociale soutenue, collective et individuelle, pendant toute la période d’emploi. Agenda des réunions · Échanges avec Annick Boon · Échanges avec Geert Cools.

Mai–juin : deux foyers de tension précèdent la crise sociale

Pièces contemporaines · causalité non établie

Le 9 mai, Ross Hurwitz transmet un dossier sur les voitures de service utilisées par deux assistantes de Patrick Simon. Le 23 mai, Patrick Simon répond vivement, demande l’origine de la démarche et écrit n’avoir jamais vu un dossier ressemblant autant à un « moyen » plutôt qu’à une « fin ». En parallèle, les documents SoPlaFi montrent qu’un débat actif portait sur le modèle social de la distribution de colis. Ces deux séquences éclairent les tensions qui précèdent la rupture de concertation de juin. Elles établissent l’existence de dossiers sensibles et la réaction de Patrick Simon ; elles ne prouvent ni que Dirk Tirez aurait commandé ou instrumentalisé l’audit, ni que ces dossiers expliqueraient à eux seuls la position commune des syndicats. Dossier du 9 mai · Réponse du 23 mai · Dossier SoPlaFi.

17–23 juin : une crise dirigée d’abord contre le CEO du groupe

Sources contemporaines concordantes

Le 17 juin, Stéphane Daussaint et Thierry Tasset souhaitent rencontrer Jean Muls « à cœur ouvert » au sujet de son avenir ; Patrick Simon relaie immédiatement cette démarche. Le 22 juin, Mark Michiels décrit une situation sociale très tendue liée à la grève, aux volumes, à SoPlaFi et au plan industriel. Le 23 juin, le front commun boycotte la concertation avec Dirk Tirez et la presse décrit une confiance dans le CEO « plus qu’affaiblie ». Ces pièces situent le centre de la crise de juin au niveau du groupe et du plan de transformation. SMS de Stéphane Daussaint · SMS avec Patrick Simon · Courriel de Mark Michiels · Communication du front commun · Article du Soir.

5 juillet : le rétablissement soudain de la confiance envers Dirk Tirez

Déclaration de Thierry Tasset rapportée par Jean Muls

Selon Jean Muls, Thierry Tasset déclare en séance plénière du Stratcom du 5 juillet 2022 que la confiance envers Dirk Tirez est rétablie. Il faut retenir ce retournement : le 23 juin, le front commun boycottait encore la concertation avec le CEO du groupe et déclarait sa confiance « plus qu’affaiblie ».

Ce changement intervient dans une séquence particulièrement resserrée. Patrick Simon avait encore soutenu publiquement Jean Muls à Bruges le 1er juin ; selon Jean Muls, son attitude change brusquement durant la troisième semaine de juin. Le 17 juin, Stéphane Daussaint et Thierry Tasset demandent à rencontrer Jean Muls « à cœur ouvert » au sujet de son avenir, tandis que Dirk Tirez adresse le même jour à Audrey Hanard son premier courriel confidentiel exprimant une préoccupation à propos du leadership de Jean Muls. Le 30 juin, Dirk Tirez et Audrey Hanard discutent déjà du processus d’évaluation à conduire jusqu’au Conseil de septembre, tout en prévoyant encore un retour franc et une chance de redresser la situation.

Le Board file Aldipress ajoute une chronologie parallèle au même niveau de direction. Il mentionne une rencontre entre Dirk Tirez et Christian Van Thillo, CEO de DPG Media, le 2 mai, un rapport au Conseil le 5 mai, la fixation des conditions de l’offre les 15–16 juin, l’envoi de l’offre ferme à DPG le 17 juin et un nouveau rapport de Dirk Tirez au Conseil le 23 juin. Le même document rappelle également une rencontre antérieure, durant l’été 2021, entre Dirk Tirez et Piet Vroman, CFO de DPG Media. Les documents établissent ainsi la concomitance entre la négociation Aldipress, le retournement social et les premières démarches concernant la position de Jean Muls. Ils n’apportent pas d’explication au rétablissement soudain annoncé le 5 juillet. Board file Aldipress du 28 juillet · Analyse Aldipress.

« Ce qu’ils t’ont fait là, c’est dégueulasse » : propos précis, date incertaine

Teneur et lieu affirmés · été 2022

Jean Muls se souvient avec certitude des termes employés par Stéphane Daussaint et du lieu de l’échange : les couloirs du bâtiment Multi, siège de bpost à 1000 Bruxelles. Dans son compte rendu d’audition du 7 février 2023 devant l’Autorité belge de la concurrence, il situe la phrase au début juillet 2022, après l’annulation de la réunion prévue le 28 juin. Son souvenir actuel l’oriente plutôt vers la mi-août 2022, après son retour de vacances. La phrase est donc située au cours de l’été 2022, sans être rattachée à une journée déterminée. Audition du 7 février 2023 · Agenda du Stratcom du 18 août.

Le plan industriel intègre explicitement le dialogue social

Pièces du projet stratégique

La note au Conseil du 17 juin traite le modèle social comme une dimension du plan industriel. Le 11 septembre, Jean Muls insiste, dans la préparation de la communication aux syndicats, sur un plan de développement et de diversification, l’absence de licenciement collectif et le maintien d’un dialogue social fort. Ces traces documentent une implication directe dans le contenu présenté aux partenaires sociaux. Note au Conseil · Préparation de la communication aux syndicats.

15 septembre : un projet de préavis sans tract distribué

Échanges contemporains avec Dieter De Waegeneer

Un projet de préavis de grève générale est transmis le 15 septembre 2022. Contrairement au tract syndical du 23 juin, qui avait effectivement été publié, aucun tract accompagnant ce préavis n’a été publié ou distribué. Le même soir, Dieter De Waegeneer décrit la situation sociale comme étant « près du point d’ébullition » et écrit qu’ils viennent d’« éviter un tract de Stéphane ». Jean Muls lui demande expressément si Stéphane Daussaint ne le distribuera pas ; Dieter De Waegeneer répond : « Non ».

Ces échanges montrent qu’une communication syndicale envisagée sous forme de tract a été retenue par décision de certaines personnes au niveau de la représentation du personnel. Selon Jean Muls, la pratique sociale habituelle chez bpost consistait à accompagner un préavis de grève d’un tract destiné au personnel. Deux semaines plus tard, son absence au Comité paritaire du 29 septembre devient un grief central, sans qu’il ait reçu le signal public qui accompagne habituellement un préavis. L’échange n’identifie pas exhaustivement les personnes ayant participé à la décision. Ouvrir le projet de préavis · Lire l’échange avec Dieter De Waegeneer.

29 septembre : un incident réel, préparé dans un conflit d’agenda connu

Procès-verbal · courriels · attestations · audition ABC

Les échanges des 15 et 28 septembre montrent que le conflit avec l’off-site était connu, que le déplacement de la réunion avait été envisagé puis abandonné, et que des remplaçants figuraient dans l’organisation pratique. Le procès-verbal du 29 septembre consigne des critiques sévères de représentants syndicaux sur l’absence de Jean Muls, dans une réunion également consacrée à l’avenir industriel, à l’austérité, aux investissements, au retail et aux engagements sociaux.

L’attestation judiciaire signée par Benoît Nartus le 11 juin 2024 confirme la contrainte collective liée à ce conflit d’agenda. Après avoir pris connaissance de l’attestation de Peter Claes, Benoît Nartus déclare se souvenir que Mark Michiels avait insisté à plusieurs reprises auprès de Jean Muls pour déplacer l’off-site, compte tenu du contexte syndical compliqué. Il précise que la moitié des participants ne pouvaient participer à la commission paritaire parce qu’ils devaient également assister à l’off-site et qu’il ne suffisait donc pas de remplacer simplement Jean Muls. L’attestation est établie selon les articles 961/1 à 961/3 du Code judiciaire, signée et accompagnée d’une copie de la carte d’identité de son auteur. Benoît Nartus y déclare également être salarié de bpost. Elle figure comme pièce 20 dans l’inventaire produit par bpost.

Le courriel envoyé le jour même par Mark Michiels précise la succession des interventions : Stéphane Daussaint « a donné le ton », suivi par Thierry Tasset, Annick Boon et Luc Tegethoff ; Geert Cools a ensuite repris le grief de l’absence et résumé la situation en affirmant que la confiance avait disparu. Dans son audition du 7 février 2023 devant l’Autorité belge de la concurrence, Jean Muls déclare que deux partenaires sociaux lui avaient rapporté que Patrick Simon avait encouragé les délégués principaux à se plaindre de son absence pendant la réunion. Cette intervention attribuée à Patrick Simon ne figure pas dans le procès-verbal, mais elle est expressément consignée dans l’audition.

Jean Muls rapporte également deux précisions reçues après la réunion. Geert Cools lui aurait dit que son absence n’avait « pas été maligne », tout en refusant de participer à une critique concertée que Patrick Simon aurait encouragée. Dieter De Waegeneer lui aurait expliqué que Patrick Simon avait annoncé l’absence de Stéphane Daussaint pour voyage de noces, alors que celui-ci a finalement participé à la réunion et aux échanges tendus. Ces propos rapportés éclairent la préparation et la dynamique de la séance.

Éléments complémentaires. L’exposé remis par Jean Muls à l’ABC-BMA le 7 février 2023 rapporte déjà des encouragements de Patrick Simon aux délégués à se plaindre de son absence, sans nommer Geert Cools comme source précise. Le courriel de Mark Michiels du 29 septembre rapporte pour sa part une intervention d’Annick Boon. Sa page d’acteur rassemble les échanges et pièces directement disponibles.

Les échanges conservés avec Geert Cools apportent un éclairage complémentaire sur sa propre position. Le 3 octobre à 17 h 40, il écrit à Jean Muls regretter la manière dont les événements se sont déroulés et ne pas aimer « ce genre d’intrigues ». Le 5 octobre, il estime que la réputation de Jean Muls méritait d’être nuancée et ajoute qu’il n’aime pas les attaques personnelles. Conflit d’agenda · Organisation pratique · Procès-verbal du 29 septembre · Attestation de Benoît Nartus · Audition du 7 février 2023 · Échanges avec Geert Cools.

30 septembre–3 octobre : l’absence devient un motif de gouvernance

Circulation institutionnelle

Le RemCo du 30 septembre reprend un manque d’engagement social, un retard à une réunion récente et l’absence du 29 septembre. La présidente indique fonder son appréciation sur des retours de l’organisation, de l’équipe et des syndicats. Le procès-verbal ne nomme toutefois pas les interlocuteurs syndicaux consultés, ni les propos recueillis, ni leur date.

Dans ses courriels des 2 et 3 octobre, Jean Muls reconnaît qu’il aurait dû être présent. Le 3 octobre, il précise avoir appelé les représentants syndicaux le vendredi 30 septembre et rapporte que, pour eux, son absence était secondaire par rapport aux autres sujets énumérés par Mark Michiels. Jean Muls précise que cette appréciation lui a notamment été communiquée par Geert Cools, délégué syndical néerlandophone. Les messages conservés avec Geert Cools éclairent la portée de cet échange : le 3 octobre à 17 h 40, celui-ci regrette la manière dont les événements se sont déroulés et écrit ne pas aimer « ce genre d’intrigues » ; le 5 octobre, il confirme que la réputation de Jean Muls méritait d’être nuancée et qu’il n’aime pas les attaques personnelles. PV du RemCo · Courriel du 2 octobre · Courriel du 3 octobre · Échanges avec Geert Cools · PV du Conseil.

3 novembre 2022 : Geert Cools critique la décision, la gouvernance et l’absence de cap

Publication officielle de l’ACOD

Un mois après le licenciement, Geert Cools signe sur le site de l’ACOD l’article « Stoelendans aan de top van bpost ». Il écrit ne pas pouvoir se défaire de l’impression que Jean Muls a été « sacrifié pour dissimuler la mauvaise politique ». Il replace le départ dans le remplacement de l’ensemble du comité de direction sous Dirk Tirez, qu’il qualifie de « véritable jeu de chaises musicales » et de contre-exemple de bonne gouvernance. L’article accueille Jos Donvil avec prudence et insiste sur la perte de continuité provoquée par un nouveau changement de dirigeant.

Geert Cools formule aussi une critique stratégique précise : l’entreprise n’aurait pas de vision claire de son avenir et personne n’en tracerait les lignes ni ne se présenterait comme son guide. Cette appréciation doit être rapprochée du travail engagé par Jean Muls. Dès le 4 février 2022, moins d’un mois après sa prise de fonction, il lance l’élaboration du plan industriel de bpost Belgique. Le projet est construit avec les équipes de février à septembre, présenté au Conseil lors de l’off-site stratégique et traduit en cinq piliers ainsi qu’en étapes de mise en œuvre.

Le 4 octobre, Jean Muls devait précisément exposer cette stratégie au « top 100 » de bpost réuni à l’AfricaMuseum de Tervuren. Les scénarios, versions successives du discours, extraits de la stratégie à cinq ans et demandes de feedback montrent que cette intervention officielle restait activement préparée jusqu’au 3 octobre. Le licenciement exécuté la veille a eu pour conséquence directe d’empêcher Jean Muls de présenter aux principaux cadres le plan destiné à répondre à l’absence de cap que Geert Cools dénoncera un mois plus tard. La proximité des deux événements donne une portée particulière au choix d’exécuter la rupture avant cette conférence.

Cette publication contemporaine est également importante pour apprécier le grief tiré des relations syndicales. Elle montre que Geert Cools, malgré les points d’attention exprimés auparavant, n’a pas présenté le licenciement comme la conséquence nécessaire d’une rupture entre Jean Muls et les partenaires sociaux. Son analyse publique met plutôt en cause la direction générale et l’instabilité de la gouvernance. Consulter la publication ACOD du 3 novembre 2022 · Voir le dossier de la Management Conference du 4 octobre · Replacer le plan industriel dans l’analyse de la performance.

16 mai 2023 : Stéphane Daussaint décrit un problème de gouvernance et de consultants, sans viser Jean Muls

Déclaration publique directe · RTL

Sur RTL, Stéphane Daussaint déclare qu’en 2022 la CSC avait interpellé la Commission paritaire à propos de « 35 personnes » placées sous les ordres directs du CEO de l’époque et disparues de l’organigramme le lendemain. Il dénonce une présence « omnipotente » de consultants et critique le manque d’innovation, de nouvelles activités et d’investissement en Belgique. Cette intervention ne nomme pas Jean Muls et ne contient aucun reproche personnel contre lui.

Le compte rendu officiel de la Chambre du 28 juin 2022 apporte un point de comparaison contemporain : des parlementaires y interrogent déjà la ministre sur les économies demandées au personnel alors que des montants croissants seraient versés à des consultants, dans un contexte de malaise social dont le Conseil et le CEO l’avaient informée. Il confirme que la question du recours aux consultants dépassait le seul récit formulé en mai 2023. Le nombre de 35 et leur retrait annoncé de l’organigramme proviennent, à ce stade, de la déclaration directe de Stéphane Daussaint ; les organigrammes et la question syndicale source doivent être produits pour individualiser les personnes et le décideur concernés.

Stéphane Daussaint indique enfin qu’en mai 2023 le dialogue social se passe bien « avec les personnes présentes ». Cette appréciation décrit la situation sept mois après le départ de Jean Muls. Elle ne permet donc pas de transformer la situation de mai 2023 en appréciation de ses relations sociales en 2022. Transcription RTL du 16 mai 2023 · Compte rendu officiel de la Chambre du 28 juin 2022 · Page acteur · Stéphane Daussaint.

Conclusion intermédiaire

Appréciation documentaire

L’absence du 29 septembre est reconnue par Jean Muls et a été critiquée pendant la réunion. Au regard du dossier, cette absence ponctuelle ne constitue cependant pas un incident grave caractérisant ses relations sociales. Il s’agit de son unique absence parmi les commissions paritaires recensées, alors que le calendrier documente dix-sept réunions collectives avec les partenaires sociaux au premier semestre. Il documente aussi les démarches individuelles de Jean Muls auprès des cinq représentants principaux : quatre rencontres ont eu lieu et une cinquième, prévue avec Thierry Tasset, a été annulée par celui-ci.

Le contexte antérieur est également significatif. Dès son quatrième jour de fonction, Jean Muls participe aux négociations sur la réorganisation accélérée du réseau de distribution. Le 14 janvier, il décrit à Dirk Tirez un débat « raisonnablement serein », avec des représentants attentifs à la réalité économique et aux mesures nécessaires. L’accord relatif à cette réorganisation est ensuite mis en œuvre progressivement. Les échanges avec Annick Boon, Stéphane Daussaint, Thierry Tasset, Luc Tegethoff et Geert Cools documentent la poursuite de contacts directs. Après le licenciement, lorsque Jean Muls lui indique que les propos des syndicats étaient corrects, Dieter De Waegeneer répond : « En effet. Respectueux. On ne peut attendre davantage d’eux dans ces circonstances. »

L’ensemble, auquel s’ajoutent la déclaration d’Audrey Hanard sur les références favorables qu’elle avait prises et les messages de Geert Cools sur les « intrigues » et les attaques personnelles, ne décrit pas une dégradation ancienne, continue et uniformément partagée. Il montre qu’une absence ponctuelle, dans un conflit d’agenda connu et avec des remplaçants prévus, a reçu une portée décisive dans les quatre jours qui ont conduit au licenciement. Agenda social · Échanges avec Annick Boon · Échanges avec Dieter De Waegeneer · Échanges avec Geert Cools.

03 · PERFORMANCE ET TRAVAIL OPÉRATIONNEL

Examiner les résultats et le travail opérationnel

Nouvelle pièce contemporaine. Le 11 août 2022, Jean Muls écrit que le plan commercial, les réorganisations opérationnelles et les autres mesures de management portent leurs fruits. Rafike Yilmaz répond : « C’est exact. Nous sommes sur la bonne voie (toujours avec prudence). » Les messages des 30 septembre et 1er octobre montrent en outre la poursuite du travail sur un alignement et un panel. Lire la fiche Rafike Yilmaz.

Traces contemporaines favorables

  • Jean Muls sollicite lui-même l’entretien individuel de mi-année et documente les retours qu’il a recherchés.
  • Le plan industriel est lancé le 4 février, fait l’objet d’un RFP auprès de trois consultants, aboutit au choix de McKinsey et est porté au Conseil en juin puis lors de l’off-site de septembre.
  • Le feedback du Conseil présenté le 26 septembre qualifie les analyses de profondes et pertinentes et approuve les cinq piliers de la stratégie.
  • Les quatre Pricing Boards de mars, juin, juillet et septembre établissent l’usage répété d’une instance collective pour l’examen de dossiers tarifaires.

Critiques confrontées aux pièces

  • Communication : replacer Bruges parmi les autres présentations et dans la démarche corrective engagée par Jean Muls.
  • Relations sociales : confronter l’incident du 29 septembre au calendrier, aux échanges directs et aux références prises par Audrey Hanard.
  • Équipe et coopération : examiner les nominations, la charte du 29 septembre et les échanges contemporains avec l’ExCo.
  • Transformation et bol.com : comparer le calendrier réel des chantiers, les validations et le circuit de gouvernance appliqué.

Les « Performance Dialogues » mensuels concernaient l’entité ; un seul entretien individuel est identifié

Pièces disponibles · 10 janvier–3 octobre 2022

Les pièces disponibles documentent une revue mensuelle de la performance de bpost Belgium. Les supports datés des 1er et 25 mars, 2 mai, 2 juin, 5 juillet, 29 août et 26 septembre examinent successivement les résultats de Sales, Channel et Mail & Parcel Operations, puis leur consolidation au niveau de la BU Belgique. Ils portent sur les volumes, les revenus, l’EBIT, les effectifs, l’absentéisme, la qualité, les économies et les actions opérationnelles. Ces revues collectives de l’entité ne sont pas des évaluations individuelles de Jean Muls. Les pièces n’identifient qu’un seul entretien individuel de performance entre le 10 janvier et le 3 octobre 2022 : celui du 7 juillet, demandé par Jean Muls. Pièces du corpus Performance Review.

Les publications officielles montrent un risque initial, puis un exercice présenté comme conforme à la guidance

Communiqués réglementés de bpost · 5 mai 2022 et 23 février 2023

Le communiqué du premier trimestre, publié le 5 mai 2022, décrit un début d’année « conforme aux prévisions ». Pour Belgium, il annonce un EBIT ajusté de 75,1 M€, en baisse de 16,4 M€ par rapport au premier trimestre 2021, sous l’effet notamment de deux indexations salariales, de la hausse des coûts d’énergie, du recul des colis et de l’internalisation d’Amazon. Le risque de baisse pouvant atteindre 40 M€ ne correspond toutefois pas à un décalage déjà constaté de l’EBITDA de bpost Belgium : bpost le présente comme un risque pour les prévisions annuelles du groupe, lié à l’inflation et à l’incertitude sur la demande. Dirk Tirez déclare alors être fier des réalisations du trimestre, se félicite des résultats et affirme que les premiers effets des plans d’action sont visibles.

Le communiqué annuel publié le 23 février 2023 fournit le point d’arrivée. Malgré les vents contraires, le groupe clôture 2022 avec un EBIT ajusté de 278,5 M€, que bpost présente comme conforme à la guidance initiale de 280 à 310 M€, malgré les conditions de marché et grâce aux actions menées pendant l’année. Philippe Dartienne qualifie cette absorption du risque de baisse de « grande réussite » et remercie l’ensemble des équipes pour leurs efforts et pour la mise en œuvre des mesures du Management. Pour Belgium, le quatrième trimestre atteint 41,6 M€ d’EBIT ajusté et l’exercice complet 198,3 M€ ; bpost attribue la résistance du trimestre à la gestion réussie du pic et à la réduction des effectifs, qui ont partiellement compensé l’inflation salariale.

Ces publications officielles établissent donc une exécution financière ayant contenu le risque annoncé au printemps et clôturé l’exercice à un niveau que bpost qualifie de conforme à sa guidance initiale. Elles corroborent la contribution du Management et des équipes de bpost Belgium, sans permettre d’attribuer à Jean Muls seul la performance consolidée ni d’effacer la baisse annuelle de l’EBIT de Belgium par rapport à 2021. Résultats du premier trimestre 2022 · Résultats annuels 2022 publiés le 23 février 2023.

Les revues montrent des interventions managériales identifiables

Compte rendu contemporain

Après la première revue Operations du 23 février, Nicolas Meire décrit une réunion « good & interesting » et attribue à Jean Muls trois priorités : adapter les ressources à la baisse des volumes, limiter le recours aux intérimaires dans la distribution et examiner le recours à des services logistiques. Patrick Simon répond en exposant les contraintes opérationnelles ; Jean Muls rappelle le lendemain la chute des volumes courrier et colis et la nécessité de frugalité. En mars, Dirk Tirez demande un suivi des effectifs, de l’attrition et des économies ADM ; Jean Muls répond que Catherine Delvaux prépare les données et souligne la nature prévisionnelle de l’attrition. Ces échanges attestent un pilotage rapproché de la performance, fondé sur des priorités explicites, des demandes de données et le suivi des actions de mise en œuvre. Compte rendu des 23–24 février · Préparation des 18–21 mars.

L’entretien de mi-année est un tableau de bord partagé, pas un avertissement

Pièces contemporaines · 1er–7 juillet 2022

Le dossier de préparation est actualisé le 1er juillet. À 14 h 04, Catherine Delvaux transmet une première version avant une discussion prévue à 14 h 30 ; à 15 h 02, elle en adresse une version actualisée. Celle-ci indique, pour bpost Belgium, un EBIT cumulé à mai de 125,9 M€ pour un budget de 109,5 M€, soit un écart favorable de 16,4 M€. Le support reste équilibré : il recense aussi les difficultés et actions ouvertes relatives notamment aux volumes colis, à l’absentéisme, aux frais généraux, à l’IT et à SoPlaFi. Il s’agit d’un tableau de bord de l’entité, qui éclaire la préparation de la revue sans constituer, à lui seul, une appréciation personnelle de Dirk Tirez. Première transmission · BP-0798 · Version actualisée · BP-0799.

Le 3 juillet, après six mois en fonction, Jean Muls demande lui-même un premier entretien individuel sur sa contribution. La synthèse qu’il joint met en regard les réalisations, les objectifs atteints et les sujets qui exigent encore du travail. Elle constitue un outil de gestion partagé avec Dirk Tirez afin de vérifier leur appréciation commune des succès, des priorités et des actions restant à conduire. Le 6 juillet, Jean Muls complète le dossier avec l’évaluation du hackathon organisé avec Young@bpost après avoir entendu dire que l’événement n’aurait pas été un succès. Le retour transmis par Floor Vankevelaer indique au contraire que l’enquête était « very positive » : 13 répondants sur 16 recommanderaient l’activité, la satisfaction moyenne atteignait 8 sur 10 et les participants avaient notamment apprécié l’ouverture du CEO, son implication et celle du top management. Demande de revue · BP-0800 · Évaluation du hackathon · BP-0801.

Le 7 juillet à 8 h 28, Dirk Tirez répond uniquement qu’il ne peut pas ouvrir l’annexe ; Jean Muls renvoie ensuite un complément sur sa relation avec la ministre. Ces deux messages documentent la circulation du dossier, mais aucune appréciation de fond de Dirk Tirez. Jean Muls rapporte de manière constante que Dirk Tirez lui a formulé un seul commentaire supplémentaire lors de l’entretien du 7 juillet : participer plus activement aux réunions du Group Executive Committee. L’audition du 7 février 2023 et les conclusions de Jean Muls ne rapportent pas d’autre critique formulée ce jour-là ; elles qualifient le reste de l’évaluation de positif et les prestations d’« en ligne avec les attentes ». bpost soutient ultérieurement que l’entretien aurait aussi porté sur le style de management, la connaissance des dossiers, l’équipe et le plan stratégique. Dans les six pièces individualisées de cette séquence ne figurent ni avertissement écrit, ni liste de griefs, ni objectifs correctifs, ni échéances, ni suivi d’un plan d’amélioration. Elles ne permettent pas davantage de reconstituer l’intégralité de l’entretien oral. Réponse de Dirk Tirez · BP-0802 · Complément de Jean Muls · BP-0803 · Audition du 7 février 2023.

Le 30 mars, Henri de Romrée avait par ailleurs réagi à une présentation de Jean Muls par « Good address !!! Well done cher collègue ». Consulter la pièce.

Bruges constitue un épisode isolé suivi d’une démarche corrective volontaire

Contexte rapporté par Jean Muls · démarches contemporaines

Jean Muls situe la présentation de Bruges dans une configuration inhabituelle : une grande salle de spectacle, une régie assurée par un prestataire de studio de télévision et des contraintes scéniques auxquelles il indique ne pas avoir été préparé. Il reconnaît lui-même ne pas avoir été satisfait de sa prestation. Loin de nier le problème, il demande la vidéo, sollicite un retour précis et identifie ses propres axes de progrès : débit, hésitations, tonalité et répétition. Steve De Loor relève parallèlement une structure claire, un message facile à suivre, de l’empathie, une bonne préparation et des engagements nets.

Dès le 30 juin et le 3 juillet, Jean Muls demande une formation intensive et personnalisée de prise de parole avec retour vidéo, idéalement pendant l’été, et propose de recourir à Anouk Van Hoofstadt. Le courriel du 31 août documente le travail avec cette spécialiste sur la présentation du plan stratégique. Bruges est ainsi un incident identifiable, reconnu et traité par une initiative prise par Jean Muls lui-même. Les retours du hackathon, d’Henri de Romrée et de Steve De Loor empêchent d’en faire, sans autres exemples datés, la preuve d’une insuffisance générale de communication. Retour vidéo et demande d’accompagnement · Travail avec Anouk Van Hoofstadt.

Des trois reproches formulés fin juin, seul Bruges demeure un fait précisément identifiable

Audition ABC · pièces contemporaines

Dans son audition du 7 février 2023, Jean Muls rapporte que Patrick Simon lui reproche, durant la troisième semaine de juin, de ne pas connaître ses dossiers en citant SoPlaFi, d’avoir livré une présentation médiocre à Bruges et d’avoir mauvaise réputation auprès des délégués syndicaux néerlandophones. La comparaison avec les motifs développés ensuite montre que seule la présentation de Bruges demeure sous la forme d’un incident précis. Le reproche relatif à SoPlaFi devient une critique générale de maîtrise des dossiers ; celui relatif aux délégués néerlandophones est remplacé par une critique plus large des relations sociales, notamment construite autour du 29 septembre.

Les pièces contemporaines contredisent les prémisses des deux autres reproches sous leur forme initiale. Les échanges avec Annick Boon et Geert Cools documentent des contacts directs et suivis avec les représentants néerlandophones. Pour SoPlaFi, le courriel de McKinsey du 13 mars désigne François Dorrekens et Sophie De Schrevel comme points de contact internes principaux. Les signatures professionnelles conservées les identifient respectivement comme Head Group Public Affairs et Director Regulatory & Competition au sein du Legal & Regulatory Department. Le pilotage institutionnel relevait donc de fonctions centrales du Groupe, hors de la ligne opérationnelle de bpost Belgium. Le dossier ne peut être présenté comme une responsabilité propre de Jean Muls ni comme l’illustration évidente d’une méconnaissance de son périmètre.

Cette séquence montre une évolution qualitative des griefs : certains faits disparaissent, d’autres sont reformulés et un seul incident initial, Bruges, reste directement identifiable, alors même qu’il a été reconnu et suivi d’une démarche corrective volontaire.

Sources : audition du 7 février 2023 · échanges avec Annick Boon · échanges avec Geert Cools · courriel McKinsey du 13 mars 2022 et corpus SoPlaFi, BP-0086.

En septembre, l’origine des bons résultats fait l’objet d’une réconciliation

Échanges des 22 août et 24–25 septembre

Jean Muls demande que la présentation d’août explique les résultats favorables par les décisions de planification, le plan de conquête commerciale et les actions de management. Vanessa Rentiers précise qu’environ 20 M€ proviendraient aussi d’une facturation des unités de support et centrales inférieure au budget, liée notamment au dérisquage central, à de moindres dépenses de projets et au gel des recrutements. L’échange porte donc sur l’attribution des écarts favorables, pas sur leur existence.

Cette composante centrale doit être replacée dans le travail engagé sur les coûts. Le 10 juin 2022 à 17 h 50, Jean Muls adresse par WhatsApp à Vanessa Rentiers le croquis d’une hache, accompagné du message « Les sessions projets ? Ça va ! ». Vanessa Rentiers répond « Combien ?? » ; Jean Muls lui indique ensuite avoir entendu que le résultat dépassait le budget de 15 M€, avant qu’elle lui précise la part d’un effet TVA ponctuel, l’évolution favorable des revenus et des ETP, et annonce un courriel explicatif lorsque les chiffres seraient définitifs. Cette pièce contemporaine matérialise l’image de la hache dans leurs échanges sur les projets, les coûts et la performance.

Le 22 août, Philippe Dartienne demande un effort substantiel sur les coûts salariaux du plan à long terme, propose d’en discuter en détail et rejoint la réunion prévue le lendemain pour examiner le scénario de base. Le corpus Agile documente parallèlement un programme structuré de réduction des frais indirects. Jean Muls explique que les réunions consacrées à la réduction des coûts et dépenses sans valeur ajoutée étaient désignées, de manière volontairement cynique, comme les « comités de la hache ». L’expression résumait également un principe de gestion : un budget ne constitue pas, par lui-même, une autorisation de dépenser.

Les effets favorables centraux ne peuvent dès lors être présentés comme entièrement étrangers à l’action managériale menée pendant l’exercice. Les pièces distinguent plusieurs contributions simultanées : actions de la BU, discipline sur les coûts centraux, phasage des projets et effets comptables. Échanges des 24–25 septembre · WhatsApp du 10 juin : croquis de la hache · Échanges avec Philippe Dartienne · Lancement d’Agile.

Le projet Agile répondait à un écart de coûts indirects objectivé par un benchmark

Pièces contemporaines · janvier–août 2022

Les documents de lancement ne présentent pas Agile comme une initiative abstraite. Ils partent d’un ratio de frais généraux de 24 % du chiffre d’affaires pour bpost NV, comparé à une fourchette cible de 15 à 17 % pour des acteurs logistiques et de l’e-commerce. L’ambition annoncée était de réduire les coûts indirects d’environ 30 % sur trois à cinq ans, soit près de 1 200 ETP et environ 30 M€ par an. Le dossier du 8 mars documente une mise en concurrence, une évaluation qualité-prix et la sélection de BCG-Wemanity pour accompagner la transformation. Le corpus retrouvé montre aussi des réunions de travail, des arbitrages et la recherche de solutions pour les fonctions en surcapacité. Il établit donc qu’un problème structurel avait été identifié et qu’une réponse organisée était engagée avant le départ de Jean Muls. Dossier de lancement du 20 janvier · Sélection du consultant du 8 mars.

Après le départ de Jean Muls, les pièces examinées ne montrent pas la poursuite du projet sous le même nom, avec la même gouvernance et le même business case. Cette absence de continuité identifiable ne signifie pas qu’aucune mesure ultérieure de productivité ou de réduction des frais généraux n’a été prise : elle signifie que le corpus ne permet pas de suivre Agile comme programme continu repris par son successeur. De même, affirmer que l’écart de 24 % contre 15–17 % subsiste aujourd’hui à l’identique exigerait un ratio récent calculé sur un périmètre comparable, qui n’est pas disponible dans les pièces examinées.

Le benchmark d’absentéisme ne montre pas un retard propre à bpost

Performance Dialogue du 29 août 2022 · portée circonscrite

La présentation préparée pour le Performance Dialogue du 29 août 2022 place l’absentéisme de courte durée de bpost Belgium à 5,52 % en avril 2022. Sur le graphique des entreprises logistiques comparables, bpost se situe dans la médiane ou légèrement mieux : très proche de CEVA Logistics (5,3 %) et DB Schenker (5,7 %), et sous Nike et DHL (6,1 %), XPO (6,6 %) et Delhaize (6,7 %). Le benchmark sectoriel SD Worx repris dans le même support situe également bpost sous chacun des secteurs belges affichés, dont les taux vont de 5,74 à 7,40 %. Ces chiffres contredisent donc l’idée d’un absentéisme de courte durée exceptionnellement élevé chez bpost ou d’une propension particulière des postiers à abuser du système. Ils ne permettent pas de nier des cas individuels ni la nécessité d’actions de gestion.

La portée de cette conclusion doit rester précise. Le benchmark concerne l’absentéisme de courte durée à un moment déterminé, pas l’ensemble de l’absentéisme ni spécialement la longue durée. Le support maintient d’ailleurs une ambition d’amélioration à l’horizon 2025 : 6,9 % d’absentéisme total, composé de 4,0 % de courte durée et 2,9 % de longue durée. Il ne dit donc pas que le sujet était réglé, mais que bpost n’était pas en retard par rapport aux comparables retenus.

Selon le souvenir de Jean Muls, une fois ces données présentées « noir sur blanc », l’absentéisme n’a plus été utilisé comme grief personnel dans ses entretiens avec Dirk Tirez ou d’autres interlocuteurs. Les courriels de septembre montrent toutefois que le sujet continue d’être suivi sur le plan opérationnel. La formulation documentaire la plus exacte est dès lors la suivante : le benchmark neutralise l’affirmation d’une sous-performance propre à bpost, tandis que le corpus examiné ne contient pas, après cette présentation, de nouvelle évaluation individuelle reprochant à Jean Muls un retard spécifique sur ce point. Présentation du Performance Dialogue du 29 août.

La qualification rétrospective d’« avertissement » n’est pas documentée

Allégation de bpost · absence de pièce contemporaine

bpost présente ultérieurement l’entretien du 7 juillet comme une occasion structurée de redresser la situation. Elle ne produit toutefois aucune convocation annonçant un avertissement, aucun compte rendu consignant les griefs qu’elle invoque, aucun plan d’amélioration, aucun objectif correctif assorti d’un délai et aucun suivi de pareil avertissement. Les pièces contemporaines montrent au contraire un entretien demandé par Jean Muls, préparé au moyen de son propre tableau de bord et suivi d’un courriel qui ne relate aucun désaccord de Dirk Tirez sur les réalisations et priorités exposées. La version ultérieure de bpost n’est donc étayée par aucune documentation contemporaine établissant que l’entretien de mi-année aurait constitué un avertissement. Évaluation du 7 juillet · Courriel du 9 juillet.

Les réactions postérieures proviennent de fonctions, de niveaux et d’organisations très différents

Messages contemporains · 3–5 octobre 2022

Le courriel du 3 octobre sur les résultats et la contribution de Jean Muls est contemporain de la décision. Les messages reçus après l’annonce ne proviennent pas d’un cercle homogène : ils émanent de collaborateurs directs, de membres et responsables de l’équipe de direction, de services centraux, de cadres commerciaux, de jeunes collaborateurs, d’un représentant syndical et d’interlocuteurs externes de premier plan.

Parmi les responsables et collaborateurs de bpost figurent notamment Koen Aelterman, CFO Belgium, qui dit avoir toujours beaucoup apprécié leurs interactions et avoir eu plaisir à travailler avec Jean Muls ; François Soenen, General Counsel Belgium, qui regrette l’interruption de la trajectoire engagée et souligne son empathie et son côté humain ; Dieter De Waegeneer, CHRO Belgium ; Bart Van Dorpe, CIO Belgium ; Michiel Vranckx, Vice President Sales ; Michael Dirckx, Chief of Staff du CEO ; Pierre Fils, responsable Group Sustainability ; Kris Pauwels, Head of Change Management ; Elinor de Biolley, de Talent Management ; et Nicolas Petit, Senior Manager Corporate Strategy, qui se dit attristé et rappelle le plaisir pris à collaborer avec lui pendant dix mois.

Les réactions dépassent l’organisation managériale de bpost. Geert Cools, délégué syndical, regrette la manière dont les événements se sont déroulés et écrit ne pas aimer « ce genre d’intrigues ». Jérémie Sneessens, Senior Partner de McKinsey qui a accompagné le plan industriel, exprime sa compassion et remercie Jean Muls pour sa confiance. Laurence Bovy, alors CEO de Vivaqua et présidente de la SFPIM, se dit « un peu stupéfaite du sort » qui lui a été réservé et se tient à sa disposition. La diversité des auteurs, de leurs responsabilités et de leurs liens avec Jean Muls montre que la surprise et les appréciations favorables suscitées par son départ n’étaient pas isolées dans une seule équipe ou une seule catégorie professionnelle. Résultats et contribution · Messages, partie 1 · partie 2 · partie 3 · partie 4 · Message de Nicolas Petit · Message de Jérémie Sneessens.

La reconfiguration de l’équipe est documentée avant la rupture

Décisions et communications contemporaines

Le corpus permet désormais de dater plusieurs mesures concrètes. Dieter De Waegeneer prend ses fonctions de CHRO Belgium le 1er avril 2022, après une séquence d’intégration organisée en mars. Le départ de Paul Vanwambeke est annoncé le 29 juin pour le 15 juillet, avec An Christiaens comme responsable intérimaire. Les échanges des 30 juin au 3 juillet montrent que la succession est déjà travaillée, tout en consignant une réserve sur l’équité du processus interne. Le 28 juillet, bpost annonce la nomination de Katleen Vanhaekendover comme Director Design & Engineering à compter du 5 septembre, sous la responsabilité directe de Jean Muls et à la tête de l’équipe précédemment dirigée par Paul Vanwambeke. La communication à l’équipe Omega des 4–5 août répartit ensuite les prises de parole entre Jean Muls, Nicolas Baise et An Christiaens. Enfin, la charte du comité de direction établie le 29 septembre à l’issue du séminaire de management formalise les responsabilités collectives, la gouvernance, les décisions, la performance et la stratégie. Elle est cosignée par les participants, ce qui documente l’adhésion de l’équipe au cadre de fonctionnement arrêté.

Ces pièces contredisent une affirmation catégorique selon laquelle aucune action n’aurait été entreprise pour modifier ou structurer l’équipe. Prise de fonction de Dieter De Waegeneer · Départ de Paul Vanwambeke · Échanges sur sa succession · Nomination de Katleen Vanhaekendover · Communication à l’équipe Omega · Charte du comité de direction.

La coopération interne doit être lue avec les échanges contemporains

Courriels, messages et enregistrement du 3 octobre

Les premiers échanges conservés avec Philippe Dartienne montrent une relation de travail directe : organisation de visites, partage de notes, questions de gouvernance et échanges sur le plan à long terme. Un courriel du 9 juillet adressé à Philippe Dartienne et Anette Böhm expose ouvertement plusieurs préoccupations de Jean Muls. Les échanges avec Anette Böhm comprennent également un souhait d’anniversaire en juillet, rapporté par Jean Muls, et des conversations de travail suivies.

L’enregistrement du 3 octobre apporte un élément particulièrement significatif. Au sujet de l’incident du 29 septembre, Anette Böhm dit à Jean Muls qu’elle trouve difficile que des personnes « do not really want you to succeed ». Cette phrase émane d’une membre du GEC et intervient le jour du licenciement. Elle ne désigne pas à elle seule les responsables d’une action concertée, mais elle contredit une présentation univoque dans laquelle les difficultés de coopération seraient imputables au seul comportement de Jean Muls. Courriel du 9 juillet · SMS avec Philippe Dartienne · WhatsApp avec Philippe Dartienne · Entretien avec Anette Böhm du 3 octobre.

Le rythme de transformation suit les étapes annuelles de gouvernance

Plan industriel, Agile et validation du Conseil

La chronologie ne décrit pas une inertie. Jean Muls lance le plan industriel pluriannuel le 4 février, organise la sélection de trois cabinets, fait travailler les équipes avec McKinsey, présente une première étape au Conseil en juin, expose personnellement le plan lors de l’off-site stratégique des 13–14 septembre et restitue le feedback aux équipes le 26 septembre. Le Conseil « hautement apprécie » la profondeur et la pertinence des analyses, reconnaît la transformation commencée en 2022 et approuve les cinq piliers. En parallèle, le chantier Agile traite le poids des fonctions indirectes sur la base d’un benchmark et d’un processus de sélection documenté.

Cette méthode associe diagnostic, construction collective, adhésion des équipes et validation aux moments décisionnels prévus. Jean Muls devait encore présenter le plan lors de la Management Conference du 4 octobre ; il est licencié le 3 octobre. Au regard des pièces disponibles, aucun jalon annuel de gouvernance n’est identifié comme manqué avant la rupture. Le rythme documenté est soutenu et aligné sur le calendrier du Conseil ; la critique d’une transformation trop lente doit donc être rattachée à un objectif, une échéance ou un livrable précis pour pouvoir être vérifiée. Lancement du 4 février · Feedback du Conseil · Sélection BCG-Wemanity pour Agile · Dossier Management Conference et 17 pièces.

04 · CONTRIBUTION STRATÉGIQUE EN 2022

Concevoir, argumenter, présenter et mettre en œuvre

Cette section rapproche les travaux et positions antérieurs à la rupture. Les souvenirs communiqués en 2026 sont identifiés comme tels ; ils complètent les pièces contemporaines sans se substituer à elles.

Construire le plan industriel belge

Février–été 2022 · pièces contemporaines

Les pièces disponibles montrent le lancement du 4 février, les ateliers, le RFP, les propositions de McKinsey, BCG et Roland Berger, le choix du consultant, la note au Conseil, l’information de la présidente, l’off-site du Conseil, la communication aux syndicats, le retour adressé à McKinsey et les travaux encore poursuivis le 3 octobre. Cette continuité établit la contribution substantielle de Jean Muls à la conception, à la gouvernance et à la présentation du plan.

Nicolas Petit, Senior Manager Strategy et collaborateur direct de Nicolas Baise, intervient dans toute cette chaîne. Il coordonne les ateliers et le RFP, participe au dispositif quotidien avec l’équipe McKinsey, transmet à Jean Muls la note destinée au Conseil, contribue aux questions soumises au Conseil et reste associé aux suites d’exécution parce qu’il « connaît le dossier sur le bout des doigts ». Les documents le situent ainsi comme un collaborateur direct et constant de Jean Muls dans l’élaboration du plan industriel. Gouvernance du projet avec McKinsey · Note au Conseil · Suites d’exécution · Retour adressé à McKinsey.

Formuler une position sur les acquisitions internationales

23 août 2022 · copie du courriel

Le 23 août 2022, après un échange avec Patrick Simon, Jean Muls consigne sa position sur la stratégie internationale de bpost. Il estime que le groupe ne devrait pas poursuivre son développement dans le 3PL sans synergies suffisantes avec ses métiers de courrier et de colis, rappelle les difficultés d’intégration et de création de valeur rencontrées avec Radial et annonce qu’il s’opposera à des acquisitions du type Arvato ou Bleckmann si son avis est sollicité. Ce courriel est antérieur au Conseil stratégique de septembre et au licenciement. Il établit une position précise, argumentée et portée à la connaissance d’un membre important de la direction. Courriel du 23 août 2022.

Cette pièce complète le plan industriel belge par une position sur l’allocation du capital et le périmètre international du groupe. Les pièces documentent une contribution stratégique et une position argumentée sur les acquisitions internationales. Elles imposent de distinguer une éventuelle insuffisance de contribution d’un désaccord sur les orientations retenues.

Présenter la stratégie : des participations différentes

Supports de 2022 · témoignages recueillis en 2026

25 août 2022 — présentation à la ministre. Le support stratégique destiné à Petra De Sutter porte sur le groupe, la Belgique et les ambitions internationales. Selon le témoignage de Jean Muls recueilli le 12 octobre 2026, seuls Dirk Tirez et lui-même représentent bpost ; Petra De Sutter et Kurt Van Raemdonck, son chef de cabinet, représentent le cabinet ministériel. Jean Muls rapporte avoir présenté le plan, répondu aux questions et reçu des appréciations favorables, avant un dîner à quatre au Dominican. Le support et l’invitation documentent la séquence ; le déroulement et les présences décrits ici relèvent de son témoignage. Support du 25 août · BP-0155 · Invitation et dîner.

31 août 2022 — réunion avec le Parti socialiste. Le support reprend notamment les cinq piliers de la stratégie belge et la transformation industrielle et sociale. Jean Muls indique avoir contribué à sa préparation sans avoir été convié. Il attribue à Nicolas Baise l’information concernant les présences de Dirk Tirez (CEO du groupe), Nicolas Baise (Chief Strategy & Transformation Officer), Audrey Hanard (présidente du conseil d’administration), Thomas Dermine (secrétaire d’État fédéral à la Relance et aux Investissements stratégiques, chargé de la Politique scientifique), Pierre-Yves Dermagne (vice-Premier ministre et ministre de l’Économie et du Travail) et Paul Magnette (président du PS et bourgmestre de Charleroi). Jean Muls ajoute ensuite Philippe Dartienne (CFO du groupe) à cette liste. Ces présences rapportées ne sont pas établies par le seul support de présentation. Support du 31 août · BP-0160.

Le lendemain — rencontre avec Laurence Bovy. Jean Muls rapporte qu’une autre réunion s’est tenue avec Laurence Bovy, indisponible la veille. Il indique l’avoir croisée dans les couloirs et qu’elle lui a exprimé son étonnement de ne pas le voir dans la salle, les discussions portant principalement sur l’avenir des activités de bpost en Belgique. Il s’agit de son souvenir direct de cet échange, et non d’une attestation de Laurence Bovy. Le 1er septembre 2022 est une date déduite de la mention « le lendemain » ; elle reste à corroborer par un agenda ou une invitation.

Une différence de participation à expliquer. Selon son témoignage, Jean Muls participe à la réunion avec la ministre Petra De Sutter, mais n’est pas convié à celle du Parti socialiste, alors que les deux supports abordent la stratégie belge et sa transformation industrielle et sociale. Cette différence interroge son association aux discussions portant sur les activités dont il avait la responsabilité et sur un plan à la préparation duquel il avait contribué. L’étonnement qu’il rapporte de Laurence Bovy renforce la pertinence de cette question, sans expliquer le choix des participants. Les raisons de cette différence ne sont pas établies ; elle ne démontre, à elle seule, ni une mise à l’écart délibérée ni un lien causal avec la rupture. Voir le rapprochement avec le désaccord stratégique exprimé le 23 août.

Défendre le plan devant le Conseil et poursuivre l’exécution

Septembre–début octobre 2022

Selon son récit, Jean Muls a ensuite présenté seul au Conseil, lors de l’off-site des 13 et 14 septembre 2022, le volet consacré à bpost Belgium. La préparation avait été collective, impliquant près de 60 dirigeants de bpost Belgique ainsi que les équipes Finance et HR de bpost groupe, avec le soutien de Nicolas Baise, Nicolas Petit et des équipes de McKinsey ; la présentation et la défense du plan devant le Conseil ont été assumées personnellement par Jean Muls.

Le support présenté au comité de direction de bpost Belgium le 26 septembre restitue le feedback du Conseil : celui-ci a « hautement apprécié » la profondeur et la pertinence des analyses, compris les défis de bpost Belgium, reconnu la transformation commencée en 2022 et approuvé les cinq piliers de la stratégie. Il demande aussi de poursuivre les priorités opérationnelles, d’exécuter la stratégie, d’améliorer la trajectoire EBIT et de revenir avec plusieurs scénarios intégrant l’incertitude. Cette pièce établit la validation de l’orientation et des piliers du plan. Feedback du Conseil présenté le 26 septembre · Bordereau du corpus · Lancement du 4 février · Travaux du 3 octobre.

Les messages reçus après le départ apportent enfin le regard de deux personnes directement associées au travail. Le 4 octobre, Nicolas Petit écrit : « J’ai pris beaucoup de plaisir à collaborer avec toi ces 10 derniers mois. » Le 5 octobre, Jérémie Sneessens, Senior Partner de McKinsey, écrit : « Thanks for your trust in the past weeks. » Ces témoignages contemporains confirment la collaboration personnelle de Jean Muls avec l’équipe interne de stratégie et avec le responsable McKinsey qui avait accompagné l’élaboration du plan. Message de Nicolas Petit · Message de Jérémie Sneessens · Profil de Jérémie Sneessens.

Portée pour l’examen des motifs. Ce corpus permet de confronter un reproche relatif à la contribution stratégique à des travaux, une position écrite et un retour du Conseil identifiables. Il ne suffit pas à déterminer la cause du licenciement. Les rapprochements avec la note de 2021, l’intronisation de Chris Peeters et Staci figurent dans la partie 5 · Stratégie internationale et 3PL.

05 · BOL.COM ET FINANCE

Un incident de processus documenté ; une violation formelle et sa gravité comme motif de rupture ne sont pas établies

Les pièces documentent un désaccord sur le circuit de validation. Elles établissent aussi une préparation collective, une information immédiate du CEO et du CFO du groupe, l’absence de contrat définitif signé et une réponse corrective de Jean Muls.

La politique de 2019 n’a pas été alignée formellement sur la nouvelle bpost Belgium

Délégation approuvée en 2017 · version du 19 juin 2019 · nouvelle organisation au 1er janvier 2022

La pièce à laquelle l’analyse se réfère est intitulée « bpost Delegation Policy – Europe & Asia ». Son en-tête précise qu’elle repose sur la délégation de pouvoirs approuvée par le Conseil de bpost le 30 juin 2017 et qu’il s’agit de la version du 19 juin 2019. bpost l’a produite dans le contentieux sous la référence pièce 69 Eubelius. À cette date, la fonction de CEO bpost Belgium et la Business Unit regroupant courrier et presse, colis et réseau n’existaient pas encore.

La politique utilise des catégories génériques — membre du GEC, BU CFO et CEO de filiale — qui pouvaient servir de cadre à la nouvelle organisation. Elle ne contient toutefois ni la fonction de CEO bpost Belgium, ni une matrice actualisée répartissant les compétences entre ce nouveau CEO, le Group CEO, le Group CFO, la CFO de bpost Belgium et les responsables des activités regroupées. Aucune version révisée ou annexe de transposition propre à la nouvelle Business Unit Belgium n’a été identifiée dans les pièces examinées, alors que la politique produite couvre expressément les délégations en Europe et en Asie.

La procuration signée par Dirk Tirez le 14 février 2022 reconnaît pourtant explicitement Jean Muls comme « CEO bpost Belgium ». Pour la période du 1er février au 31 décembre 2022, elle l’autorise à représenter bpost envers les tiers pour les activités belges, jusqu’à 50 M€ par transaction commerciale et 10 M€ par transaction d’achat. Cette procuration concerne la représentation externe ; elle ne supprime pas les approbations internes. Elle montre néanmoins que bpost a adapté le mandat externe à la nouvelle fonction sans produire, dans le corpus actuel, une adaptation équivalente de la matrice interne de 2019.

Dans cette matrice, le Business Controller — Group CFO, BU CFO ou CFO de filiale selon le niveau concerné — contrôle l’application de la politique. L’article II.6 prévoit sa coapprobation pour toute décision prise au niveau du GEC ou en dessous. Pour un contrat commercial conclu dans le budget et sans modification de la structure financière ou sociétaire, le tableau accorde au membre du GEC une compétence jusqu’à 25 M€, avec approbation du BU CFO. Pour les conditions commerciales conformes à la politique tarifaire générale, le seuil indiqué au niveau GEC est de 1 M€, également avec approbation du BU CFO. Les prestations de conseil font l’objet d’une ligne spécifique.

Le courrier recommandé adressé à Amazon le 17 mai 2022 fournit un exemple concret de double signature dans la nouvelle organisation. Cette communication importante, qui notifie la fin anticipée d’un contrat de services et invite à renégocier les conditions commerciales, est cosignée par Jean Muls, CEO bpost Belgium, et Vanessa Rentiers, CFO bpost Belgium. Elle montre que Jean Muls associait effectivement la direction financière à un acte commercial majeur. Cette cosignature constitue un exemple de pratique des quatre yeux ; elle ne suffit pas, à elle seule, à déterminer le circuit interne applicable à l’accord bol.com.

L’existence de la règle générale doit enfin être distinguée de son application effective. Le 26 septembre, dans sa réponse sur bol.com, Jean Muls réaffirme son adhésion au principe des quatre yeux et indique avoir demandé à son équipe une proposition pour en garantir le respect à l’avenir ; les conclusions de bpost reprennent elles-mêmes cette démarche. Le 1er octobre, il écrit à Philippe Dartienne qu’au sujet de SPEOS, Ubiway et Aldipress, il entend « à minima » instaurer le Vier-Augen-Prinzip. Ces pièces établissent qu’il a pris l’initiative d’organiser ou de renforcer l’application pratique du double contrôle dans les processus qu’il venait d’identifier comme insuffisamment encadrés.

La discordance entre une politique antérieure, une nouvelle Business Unit et une procuration externe actualisée relève d’abord de la conception et de la communication de la gouvernance de bpost. Elle ne peut être imputée à Jean Muls comme une faute personnelle sans établir qu’une transposition claire lui avait été communiquée, que les responsabilités de chacun avaient été définies et qu’il avait sciemment écarté le circuit applicable. Son statut de membre du GEC lui imposait de respecter les règles internes ; l’absence d’une matrice adaptée, la pratique collective des Pricing Boards, l’exemple Amazon et ses mesures correctives empêchent cependant de réduire le dossier à une simple méconnaissance personnelle d’une règle claire et immédiatement transposable.

Le souvenir selon lequel de nombreuses dépenses de consultants auraient été engagées sans double contrôle n’est pas encore rattaché à une pièce contemporaine précise dans le corpus examiné. Politique de délégation produite comme pièce 69 · Procuration du 14 février 2022 · Courrier Amazon cosigné le 17 mai · Réponse du 26 septembre · SMS à Philippe Dartienne du 1er octobre · Conclusions de bpost.

Les Pricing Boards documentent une méthode collective, pas une validation formelle

Quatre invitations contemporaines

Le dispositif est utilisé le 25 mars pour bpack et Distripost, le 16 juin pour Aldi et Delhaize, puis les 11 juillet et 14 septembre pour bol.com. La réunion du 11 juillet est libérée « à la demande de Jean » ; celle du 14 septembre porte sur la proposition BAFO. Jean Muls et plusieurs responsables commerciaux et opérationnels figurent parmi les invités. Vanessa Rentiers n’apparaît pas dans les deux invitations bol.com. Les captures ne donnent pas la fonction de chaque participant et affichent des statuts d’invitation qui ne prouvent pas la présence effective. Elles établissent donc une revue collective et répétée, mais ni la coapprobation du BU CFO, ni une revue juridique, ni l’existence du Pricing Board avant janvier 2022. 25 mars · 16 juin · 11 juillet · 14 septembre.

15–16 septembre : un accord commercial annoncé, avant le contrat définitif

Chaîne de courriels contemporaine

Le 15 septembre, l’équipe annonce un accord portant sur plus de quatre millions de colis par an, pour une valeur supérieure à 12 M€ par an, du 1er novembre 2022 au 31 décembre 2023. Le message de bol.com précise que l’accord permet de passer à « l’étape suivante dans le processus contractuel ». Philippe Dartienne répond « Indeed great news! » le soir même ; Dirk Tirez écrit « Awesome! Congratulations! » dans la nuit. Ces réactions établissent leur connaissance immédiate de l’accord commercial et leur accueil positif. La valeur annuelle annoncée, supérieure à 12 M€, reste bien en deçà du seuil de 25 M€ applicable au membre du GEC pour un contrat commercial inscrit au budget. Ce seuil de compétence doit être distingué de l’exigence de coapprobation du BU CFO prévue par la politique de délégation. Chaîne des 15–16 septembre.

21 septembre : le désaccord de gouvernance devient un soupçon de mensonge

Deux courriels séparés de 48 minutes

À 9 h 28, Dirk Tirez affirme que la délégation impose l’intervention de Group Finance, demande si Legal a été associé et veut déterminer si Jean Muls lui a « menti » la veille. Il agrège au même message des reproches d’absence et de retard à une réunion syndicale. À 10 h 16, Philippe Dartienne écrit qu’un contrat aussi important aurait dû être présenté à Corporate Finance à son niveau et affirme que l’équipe Finance de la BU n’a pas été impliquée ; il exige sous dix jours une présentation juridique, opérationnelle et financière. La proximité, le grief commun et la réunion prévue avec Tirez et Dartienne établissent un traitement coordonné de l’incident. Courriel de Dirk Tirez · Courriel de Philippe Dartienne.

26 septembre : contestation de la violation et mesures correctives proposées

Réponse contemporaine

Jean Muls répond avoir, « strictement parlant », respecté la délégation. Il indique avoir demandé la préparation du dossier et de la réunion, reconnaît que la participation de Finance qu’il croyait intégrée aux pratiques ne l’était apparemment pas, réaffirme son adhésion au principe des quatre yeux et propose d’adapter la gouvernance tarifaire ainsi que d’organiser un échange récurrent avec Philippe Dartienne. Cette réponse contredit l’idée d’un refus de transparence ou d’une absence de réaction corrective. Réponse du 26 septembre · Comparaison Amazon.

3 octobre : Jean Muls consigne par courriel la clarification avec Dirk Tirez

Courriel contemporain

À 14 h, Jean Muls remercie Dirk Tirez pour une conversation « ouverte et franche » de la semaine précédente et écrit qu’ils ont conclu que les perceptions de Tirez reposaient sur des malentendus. Aucun démenti contemporain n’apparaît dans le fil produit. Le message prouve la formulation et la perception de Jean Muls ; il ne suffit pas à établir que Dirk Tirez avait expressément renoncé au grief. Courriel du 3 octobre.

La relation de travail avec Philippe Dartienne avant et après l’incident bol.com

Échanges contemporains · récit de Jean Muls

Philippe Dartienne entre en fonction comme Chief Financial Officer du groupe et membre du GEC le 1er juin 2022. Les échanges conservés documentent une collaboration directe dès son arrivée. Le 10 juin, il présente ses excuses à Jean Muls après une intervention ayant « dérapé » une réunion. Entre le 19 et le 25 juin, ils organisent des déplacements et des visites opérationnelles. Les 6 et 9 juillet, les courriels relatifs à la rencontre avec McKinsey et au suivi de la dynamique du GEC montrent encore des échanges ouverts et collaboratifs.

Le 22 août, Philippe Dartienne demande un effort substantiel sur les coûts salariaux du plan à long terme, propose une revue détaillée et rejoint la réunion prévue le 23 août. Jean Muls rattache ces revues des coûts indirects aux réunions désignées, de manière volontairement cynique, comme les « comités de la hache » : elles visaient à couper les coûts et dépenses sans valeur ajoutée et à rappeler qu’un budget ne constitue pas une autorisation de dépenser. Cette séquence précède les échanges des 15–26 septembre sur bol.com et permet de replacer le désaccord dans une relation de travail déjà structurée autour de sujets financiers exigeants.

Après le départ de Jean Muls, une invitation d’agenda confirme une réunion organisée par Ross Hurwitz avec Philippe Dartienne dans les bureaux d’Eubelius le 29 novembre 2022. Selon Jean Muls, Philippe Dartienne lui déclare alors que personne chez bpost ne souhaitait travailler avec lui et que tous se réjouissaient de son départ. Ce propos demeure la version de Jean Muls ; son contexte matériel — date, lieu, organisateur et participants — est en revanche corroboré par l’invitation. Rapport annuel 2022 · prise de fonction · SMS avec Philippe Dartienne · WhatsApp avec Philippe Dartienne · Courriel du 9 juillet · Invitation du 29 novembre · Récit de Jean Muls.

Appréciation documentaire et judiciaire

Pièces convergentes · jugement frappé d’appel

Les pièces permettent de reconstituer une séquence cohérente. Le dossier bol.com est examiné lors des Pricing Boards des 11 juillet et 14 septembre. Le 15 septembre, l’équipe annonce un accord commercial ouvrant l’étape contractuelle suivante, pour une valeur annuelle supérieure à 12 M€ mais inférieure au seuil de 25 M€ applicable au membre du GEC pour un contrat commercial inscrit au budget. Philippe Dartienne et Dirk Tirez en sont immédiatement informés et félicitent l’équipe. Aucun contrat définitif signé par Jean Muls sans pouvoir n’est produit. Le 26 septembre, Jean Muls conteste avoir violé sa délégation, organise la présentation demandée, réaffirme le principe des quatre yeux et propose d’adapter la gouvernance.

Le point de gouvernance documenté concerne donc la participation préalable de Finance et la formalisation du circuit de validation. La politique de 2019 prévoit une coapprobation du BU CFO, mais elle est antérieure à la création de bpost Belgium et aucune matrice adaptée à la nouvelle organisation n’a été produite. Dans ce contexte, l’invocation d’une violation formelle par Jean Muls n’est pas établie par les pièces publiées. Les témoignages de Jean Muls sur sa manière de travailler sont par ailleurs corroborés sur plusieurs points matériels par les invitations aux Pricing Boards, le courrier Amazon cosigné avec la CFO de bpost Belgium, les félicitations contemporaines des dirigeants et sa réponse corrective du 26 septembre.

La « gravité » discutée est celle de cet incident comme motif susceptible de justifier une perte de confiance et la rupture immédiate de la relation. Jean Muls la conteste fortement. Le Tribunal du travail a lui aussi retenu que bpost ne démontrait pas la règle imposant l’aval préalable de Finance pour un accord de principe encore soumis à la validation contractuelle et a considéré que le grief avait été instrumentalisé in tempore suspecto. bpost conteste cette appréciation en appel et invoque désormais la politique de délégation. À ce stade, les pièces établissent un désaccord de processus traité par Jean Muls ; elles n’établissent ni une violation délibérée, ni une dissimulation, ni un refus de correction, ni une gravité propre à justifier la rupture. Jugement de première instance · Pièce 69 produite par bpost.

Amazon offre un point de comparaison contemporain

Gouvernance commerciale · principe des quatre yeux

Dans le dossier Amazon, plus important par son exposition commerciale, Jean Muls conduit la négociation dans un circuit documenté associant Legal, Finance, le Group Executive Committee et les équipes belges. La lettre de résiliation du 17 mai 2022 est cosignée avec Vanessa Rentiers et la Letter of Intent du 26 juillet est signée par Jean Muls puis contresignée par Amazon. Cette pratique établit sa connaissance et son application du principe des quatre yeux.

Le contraste avec bol.com ramène l’incident à la question précise du circuit applicable dans la nouvelle organisation de bpost Belgique : offre préparée dans les Pricing Boards, valeur annuelle inférieure au seuil de vingt-cinq millions du Group Executive Committee, absence de contrat définitif signé et mesures correctives proposées dès que la question est soulevée. Lire la comparaison complète avec Amazon.

06 · PRÉPARATION ET DÉCISION

Les étapes qui structurent la rupture

  1. Alerte et transmission des documents à la présidente

    Jean Muls informe Audrey Hanard de ses préoccupations, lui transmet la réponse de Dirk Tirez le 24 mars, puis le courriel de Nicolas Meire et la lettre DPG Media le 28 mars. Au plus tard à cette dernière date, la présidente dispose du noyau documentaire essentiel alors détenu par Jean Muls.

    Source : Partie 2 — alerte et circulation de l’information.
  2. Première trace écrite produite d’une inquiétude limitée au leadership

    Dirk Tirez écrit confidentiellement à Audrey Hanard qu’il devient « increasingly concerned about the leadership of Jean ». Il précise dans la même phrase qu’il continue à l’aider, comme ses collègues. Cette pièce établit une préoccupation communiquée à la présidente ; elle ne décrit aucun incident précis, aucun objectif non atteint, aucune décision de sortie et aucun calendrier.

    Sources : courriel du 17 juin 2022 — Pièce 10 Eubelius.
  3. Dirk Tirez choisit de poursuivre la relation jusqu’au Conseil de septembre

    Dans un échange avec Audrey Hanard, Dirk Tirez annonce qu’il réalisera l’évaluation de performance le lundi, qu’il accordera à Jean Muls un « fair process until board in September » et qu’il s’impliquera personnellement davantage dans la livraison du plan de bpost Belgium. Audrey Hanard approuve une approche consistant à donner un retour franc et honnête, puis une chance de « turn it around », en ajoutant qu’il n’y a pas d’urgence à décider tant que Dirk Tirez s’implique davantage. Dirk Tirez répond : « Yes ».

    Au 30 juin, cette trace établit que Dirk Tirez décide de ne pas licencier Jean Muls à cette date et de poursuivre la relation au moins jusqu’au Conseil de septembre. Cette décision intervient alors que les critiques de Patrick Simon rapportées à Jean Muls lui avaient fait craindre que son départ soit imminent. C’est dans ce contexte que Jean Muls demande à Dirk Tirez une revue formelle de sa performance, organisée le 7 juillet.

    Source : échange WhatsApp du 30 juin 2022 — Pièce 11 Eubelius. Le croisement avec les contacts de Dirk Tirez auprès des éditeurs et la chronologie d’Aldipress est développé dans les rapprochements transversaux.
  4. Une revue formelle demandée par Jean Muls après les critiques rapportées

    Jean Muls demande cette revue parce que les critiques de Patrick Simon lui avaient fait penser que son départ pouvait être imminent. Il remet une synthèse de ses réalisations, résultats et priorités, conçue comme un tableau de bord partagé avec Dirk Tirez. Selon Jean Muls, Dirk Tirez ne formule qu’une recommandation supplémentaire : participer plus activement au Comité exécutif du groupe. Aucun désaccord sur la synthèse, aucun plan correctif formalisé, aucun objectif de redressement assorti d’un délai et aucun avertissement écrit ne sont identifiés dans les pièces disponibles.

    Sources : document d’évaluation du 7 juillet ; conclusions d’appel de bpost et de Jean Muls.
  5. Finalisation d’Aldipress, rupture et conférence de management

    Jean Muls conserve son titre et sa responsabilité formelle pendant l’autorisation et la finalisation d’Aldipress. Du 22 au 27 septembre, bpost poursuit concrètement sa nomination comme administrateur : DPG avait déjà signé la résolution correspondante, Vanessa Rentiers est ajoutée comme seconde administratrice et les formalités continuent encore le 27 septembre. Le closing est annoncé le 30 septembre, jour de la recommandation du RemCo. Le 3 octobre à 7 h 48, Nicolas Meire adresse encore à Jean Muls la gouvernance d’intégration et les revues mensuelles auxquelles il doit participer ; le Conseil le licencie quelques heures plus tard. L’agenda des réunions plénières avec prise de parole de Jean Muls établit qu’il devait encore intervenir le 4 octobre lors de la « Management Conference » à l’AfricaMuseum de Tervuren. Un courriel contemporain précise la nature de l’audience : le 26 septembre, Jean Muls écrit aux membres du GEC qu’ils seront sur scène le 4 octobre pour s’adresser au « top 100 » et leur demande un feedback sur sa prestation du 22 septembre. Le 29 septembre, James Edge lui répond qu’il apparaît calme et avisé, que l’auditoire est naturellement attentif à ses paroles et que cette qualité constitue une grande force ; sa seule recommandation porte sur une expression plus directe et concise. Les autres pièces de la Management Conference établissent que l’intervention devait porter sur la stratégie de bpost Belgique.

    La succession nomination d’administrateur–closing–gouvernance d’intégration–licenciement–conférence rend le choix des dates particulièrement pertinent à instruire et montre que la rupture intervient à la veille d’une prise de parole managériale programmée. Le retour de James Edge rend pertinente l’hypothèse qu’une intervention réussie devant le top 100 aurait pu renforcer l’autorité de Jean Muls et l’adhésion autour de sa stratégie. Cette hypothèse éclaire l’intérêt éventuel d’exécuter la rupture avant le 4 octobre, sans que le courriel établisse directement cette intention. Les contacts de Dirk Tirez avec DPG Media et Mediahuis, tels que recensés dans les board files de la concession et d’Aldipress, sont rapprochés séparément dans la synthèse transversale. Ils documentent la continuité des interlocuteurs et des dossiers ; la causalité avec la date de la rupture doit être examinée comme un faisceau d’indices.

    Sources : board file Aldipress, échanges d’août, autorisation du 1er septembre, gouvernance du 23 septembre, annonce du closing, agenda des réunions de management 2022 et échange de feedback des 26–29 septembre.
  6. Revue préliminaire, documents comparés et échanges avec la présidente

    Jean Muls est entendu les 1er et 8 septembre et transmet ses documents en quatre envois. La chaîne Muls–Tirez du 24 mars et la lettre DPG sont identiques quant au contenu dans les exemplaires comparés ; la transmission en septembre du courriel d’accompagnement de Nicolas Meire reste à documenter. Les 6–9 septembre, il informe la présidente du déroulement des entretiens, conteste l’appréciation provisoire selon laquelle il n’y aurait « rien à flaguer » et exprime sa frustration. Aucune transmission de ces messages par la présidente aux enquêteurs, au RemCo ou au Conseil n’est documentée.

    Sources : Pièce 37, Pièce 40, Pièce 41 et Partie 2.
  7. Création et modification du fichier « Exit Jean Muls »

    La capture des propriétés du fichier Word indique une création le 25 septembre à 19 h 50 et une dernière modification le 27 septembre à 4 h 48. Elle identifie Anette Böhm comme auteur et Dirk Tirez comme dernier modificateur. Le nom visible, « 02b Exit Jean Muls final (007).docx », comporte le suffixe « (007) ». Celui-ci ne prouve pas l’existence de sept versions, mais constitue un indice compatible avec des sauvegardes ou versions successives. Le fichier natif et son historique permettraient de déterminer la portée exacte de cet indice.

    Source : Pièce 27. La note versée comme Pièce 02 reste elle-même non datée.
  8. Convocation urgente du Comité de rémunération

    La présidente informe les membres qu’ils examineront la nécessité potentielle d’une sortie, ses modalités et le processus de succession. Le message mentionne une préférence pour agir rapidement et un candidat apparu au cours des jours précédents.

    Cette urgence contraste avec l’échange du 30 juin entre Dirk Tirez et Audrey Hanard. La présidente écrivait alors qu’il n’y avait pas d’urgence à décider, qu’un retour franc devait être donné à Jean Muls et qu’il fallait lui laisser une chance de « turn it around » jusqu’au Conseil de septembre. Le rapprochement des deux pièces fait donc apparaître un changement de position entre le 30 juin et le 27 septembre. Il impose d’identifier les faits nouveaux, les retours et les documents qui auraient conduit d’une possibilité de redressement sans urgence à une convocation envisageant déjà la sortie et un successeur.

    Sources : échange du 30 juin — Pièce 28.
  9. Interpellation documentée après le Comité paritaire

    À 10 h 13, Patrick Simon écrit à Dieter De Waegeneer, Mark Michiels, Nicolas Meire et Pascal Xhonneux au sujet de sa nomination et de sa pension ; Dieter De Waegeneer transfère ce courriel à Jean Muls à 19 h 09. À 21 h 05, Jean Muls interpelle Patrick Simon sur le déroulement du Comité paritaire, les courriels dénigrants envoyés en copie cachée et le contraste avec son soutien public du 1er juin.

    Jean Muls met en cause le rapprochement récent entre Patrick Simon et Dirk Tirez, relie ses interrogations aux informations remontées sur la concession et envisage que Henri de Romrée puisse reprendre la signature du contrat. Il mentionne expressément Audrey Hanard et Dirk Tirez comme les deux personnes auxquelles il a fait remonter les informations au sein de bpost. En dehors de l’entreprise, il en avait parlé à son épouse, Isabelle De Schrijver, puis, sur sa recommandation, à Me Herman Craeninckx.

    Le courriel rapproche enfin la concession et Aldipress dans une interrogation contemporaine, sans présenter ce lien comme acquis. Il précède le closing d’Aldipress et le RemCo du lendemain.

    Sources : courriel « nomination/pension » ; courriel « CP de ce jour ».
  10. Consultation de la CHRO et recommandation du RemCo

    Jean Muls laisse à Anette Böhm un message sur les mesures à envisager si bpost approfondit la revue par des investigations forensiques, notamment la suspension éventuelle de Nicolas Meire. La présentation remise le 18 octobre situait encore ce message au 29 ou au 30 septembre ; Jean Muls retient aujourd’hui le 30 septembre. Le même jour, le RemCo examine les critiques de performance et recommande la rupture ainsi qu’un processus fermé de succession. Le procès-verbal ne consigne aucun décompte de vote permettant de qualifier cette recommandation d’unanime.

    Audrey Hanard participe à cette recommandation alors qu’elle connaît l’alerte, la revue et son résultat préliminaire. Le procès-verbal ne les mentionne pas. Cette simultanéité est pertinente pour la causalité et la gouvernance, sans établir à elle seule que l’alerte constitue le motif de la recommandation.

    Le courriel à Patrick Simon a été envoyé la veille, à 21 h 05. Il précède donc le closing d’Aldipress et la séance du RemCo ; il ne peut être utilisé pour fixer l’ordre des événements à l’intérieur de la journée du 30 septembre.

    Sources : Pièce 25 ; présentation remise à Me Bauwens le 18 octobre ; Partie 2.
  11. Circulation d’un résultat rassurant avant la rupture

    Le 1er octobre, Anette Böhm écrit que « l’audit n’a pas montré de problèmes ». Le 3 octobre au matin, elle explique avoir interrogé Dirk Tirez après le message de Jean Muls et rapporte que, selon lui, l’audit était en cours ou avait eu lieu, qu’il n’y avait « aucun réel problème » et, apparemment, aucune recommandation. Cette chaîne Jean Muls → Anette Böhm → Dirk Tirez documente la circulation d’une appréciation rassurante avant la rupture et avant que Dirk Tirez écrive, à 15 h 07, ne pas encore disposer du rapport. Selon bpost, le rapport avait été clôturé et transmis aux deux présidentes les 27–28 septembre ; sa non-réception déclarée par Tirez ne démontre pas une absence de finalisation. La restitution d’une absence apparente de recommandations doit être confrontée aux recommandations que bpost décrit au § 163 de ses conclusions. Cette chaîne ne remplace ni une réponse écrite de Dirk Tirez ni le rapport d’audit et ne démontre pas, à elle seule, qu’Anette Böhm connaissait l’alerte de mars ou participait à la décision de licenciement.

    Sources : SMS du 1er octobre, enregistrement du 3 octobre et Partie 2.
  12. Conseil, perception de continuité, réponse du CEO et rupture

    Le Conseil approuve la fin du contrat et la nomination du successeur après discussion de la recommandation. bpost situe la réunion entre 13 et 14 heures. À 13 h 59, Jean Muls conteste le résultat de la revue, demande si les éditeurs ont été entendus et annonce vouloir approfondir ses vérifications. À 15 h 07, Dirk Tirez lui répond avant la notification de la rupture, affirme que les allégations ont été examinées et reformule le sujet en termes de responsabilité managériale. La rupture est notifiée vers 16 h 30 sans exposé écrit de ses motifs.

    Dans le même temps, les actes de Jean Muls montrent qu’il ne se considère pas comme menacé d’un licenciement imminent. Une invitation acceptée, organisée par Dirk Tirez, prévoit un entretien individuel sur le plan stratégique de 14 à 15 heures. À 14 heures, Jean Muls écrit qu’ils ont dissipé les malentendus de la semaine précédente et assure Dirk Tirez de son plein soutien et de son engagement. À 14 h 35, il met en avant l’amélioration des résultats, l’approbation de la stratégie par le Conseil et demande s’il est temps de discuter de sa rémunération. Ces trois traces contemporaines établissent sa perception de la continuité de sa fonction, quelques heures avant la notification.

    L’export initial affiche 13 h 59 min 34 s et la chaîne de la pièce 30 indique 14 h 00. Le PV ne donne pas l’heure du vote : il n’est donc pas établi si le courriel précède la décision ni s’il a été lu avant celle-ci. Elles établissent en revanche que le CEO traite encore l’alerte avant la notification et ne suspend pas l’exécution de la décision.

    Sources : Pièce 26, Pièce 30, Pièce 31, Pièce 32, invitation « strategic plan », courriel sur les malentendus, courriel « Performance JM » et Partie 2.
  13. Annonce par Signal, puis demande formelle des nouveaux éléments

    Le 5 octobre, Jean Muls informe Audrey Hanard par Signal qu’il dispose de nouveaux éléments. Il lui communique le SMS d’Anette Böhm et son courriel du 3 octobre à Dirk Tirez, indique avoir enregistré Nicolas Meire et annonce avoir compris le mécanisme ainsi que l’identité d’autres personnes informées. Audrey Hanard tente de l’appeler à 9 h 53, puis écrit ne pas comprendre sa « stratégie » et l’invite à remettre toute preuve tangible.

    Le 7 octobre, le conseil de bpost confirme par lettre la décision de rupture prise le 3 octobre et demande formellement les enregistrements et documents annoncés deux jours plus tôt par Signal à la présidente. Cette lettre matérialise le passage de l’annonce directe à Audrey Hanard à une demande institutionnelle et au changement de méthode vers des investigations forensiques. Les accusations ultérieures d’incomplétude ou de mensonge appartiennent à cette séquence postérieure ; elles ne peuvent être intégrées rétroactivement aux motifs du 3 octobre sans trace contemporaine.

    Sources : échange Signal du 5 octobre, annexe 24 de l’audition et lettre du 7 octobre, pièce 60.
  14. Du motif administratif à la demande formelle des motifs concrets

    Le formulaire légal C4 établi par bpost le 7 octobre qualifie le motif précis du chômage de « divergences de vues ». Il s’agit alors de la seule formulation écrite portée par bpost sur un document officiel au sujet de la cause de la rupture. Cette formulation contemporaine ne mentionne aucun manquement de performance, de leadership, de gouvernance ou de relations sociales.

    Le 15 novembre, Jean Muls adresse à bpost, à l’attention de son CEO, une lettre recommandée fondée sur les articles 3 à 5 de la convention collective de travail n° 109. Il demande que lui soient communiqués les motifs concrets de son licenciement. Cette demande met en évidence l’écart entre la formule générale du C4 et l’absence, à cette date, d’un exposé écrit et circonstancié des griefs ayant conduit à la rupture.

    Le C4 constitue ainsi le premier repère écrit d’une évolution successive et d’un enrichissement des motifs invoqués : aux « divergences de vues » mentionnées au moment de la rupture se sont ajoutés, dans les développements ultérieurs de bpost, des griefs relatifs à la performance, au leadership, aux relations sociales, à la gouvernance et au dossier Bol.com. Ces griefs plus nombreux et plus circonstanciés doivent être confrontés aux pièces antérieures au licenciement afin de déterminer s’ils constituaient déjà les motifs effectifs de la décision ou s’ils ont été progressivement assemblés pour répondre à sa contestation.

    Sources : formulaire C4 du 7 octobre et demande du 15 novembre, pièce 52.
  15. Formalisation écrite et polarisation des thèses

    Les correspondances successives opposent désormais deux explications structurées : bpost maintient une rupture liée à la performance et étrangère à la concession de presse ; Jean Muls soutient que cette justification masque une mesure liée à l’alerte. Le courrier du 13 décembre renvoie aux motifs présentés au Comité et au Conseil.

    Sources : Pièce 56, Pièce 57 et Pièce 53.
  16. Appréciation du premier juge

    Le Tribunal estime que les critiques de performance sont formulées en termes généraux et insuffisamment étayées. Il retient comme motivation réelle l’action de Jean Muls en qualité de lanceur d’alerte et juge le licenciement manifestement déraisonnable.

    Source : jugement de première instance, notamment nos 20 à 25.
  17. Le débat est entièrement rouvert en appel

    bpost critique l’analyse du premier juge et produit une lecture plus détaillée des incidents, des échanges et du processus de décision. Jean Muls défend le jugement sur la cause réelle du licenciement et confronte cette reconstruction aux documents contemporains.

    Sources : conclusions principales de bpost et conclusions additionnelles de Jean Muls.

07 · CONTRÔLE DU RÉCIT · RECRUTEMENT ET RÉFÉRENCE

Deux messages de Laurent Levaux encadrent le mandat

DateMessageIncidence sur le récit de bpost
2 novembre 2021Laurent Levaux vérifie que l’offre convient à Jean Muls « avant notre Remco de demain après-midi ».Le message complète les pièces Korn Ferry et documente un recrutement structuré, examiné par plusieurs intervenants et soumis au RemCo.
26 octobre 2022À une demande de référence auprès de Christian Dumolin, Laurent Levaux répond : « Je m’en charge Jean. »La disponibilité d’un ancien membre du RemCo à recommander Jean Muls trois semaines après la rupture contraste avec une présentation catégorique d’une inadéquation manifeste et ancienne.

Ces deux messages n’effacent pas les critiques que bpost affirme avoir recueillies pendant le mandat. Ils imposent toutefois de les dater et de les prouver : le recrutement n’apparaît pas improvisé, et l’un de ses acteurs institutionnels accepte encore de soutenir professionnellement Jean Muls après son départ. La teneur de la référence et les raisons de l’absence de suite de la piste Dumolin ne sont pas documentées.

Laurent Levaux avait auparavant été partner de McKinsey. Cette donnée biographique éclaire son profil d’administrateur et de membre du RemCo ; elle ne constitue pas une preuve de coordination avec les autres anciens de McKinsey mentionnés dans le dossier.

08 · REMCO ET CONSEIL

De la préparation du dossier à la décision du 3 octobre

La chaîne documentaire ne commence pas le 30 septembre. Les propriétés du fichier, la convocation urgente, la note de sortie, le procès-verbal du RemCo et celui du Conseil permettent de suivre cinq étapes distinctes. Dans cette page, les expressions pièce 02, pièce 25 et pièce 26 désignent exclusivement la numérotation bpost/Eubelius : la « Recommendation to Exit », le procès-verbal du RemCo du 30 septembre et le procès-verbal du Conseil du 3 octobre. Les numéros locaux d’anciens narratifs ne sont pas réutilisés.

Contrôle matériel et portée des trois pièces

DocumentForme matériellePortée exacte
Pièce 02 · « Recommendation to Exit »Six pages : trois pages en anglais et trois pages de traduction libre. La copie ne porte ni date, ni auteur, ni en-tête. Les propriétés d’un fichier Word distinct indiquent une création le 25 septembre et une modification le 27 septembre. Le bordereau de bpost la décrit comme un document du 29 septembre ; cette date est une attribution procédurale, pas une date inscrite sur la pièce.Argumentaire préparatoire attribué au Group CEO. La lettre de bpost du 13 décembre 2022, puis ses écritures, affirment qu’il a été partagé au RemCo et au Conseil ; les procès-verbaux eux-mêmes ne le nomment pas.
Pièce 25 · RemCo du 30 septembreCopie de trois pages anglaises et traduction libre, avec passages caviardés. Le pied de page porte « REMUNERATION AND NOMINATION MEETING AGENDA ». Les lignes de signature de Ross Hurwitz et Audrey Hanard sont vides sur la copie produite.Établit la présentation du dossier, les thèmes discutés, la recommandation de rupture et l’examen d’un successeur. Elle renvoie à des fichiers associés et à Diligent sans permettre d’en vérifier le lot complet.
Pièce 26 · Conseil du 3 octobreCopie anglaise signée par Ross Hurwitz et Audrey Hanard, suivie d’une traduction libre ; de larges blocs sont caviardés. Le pied de la première page anglaise porte « 12–15/09/2022 », tandis que celui de la deuxième porte « 03/10/2022 ». Cette différence entre les pages d’un même procès-verbal ouvre en premier lieu l’hypothèse que le PDF produit a été constitué ou reconstitué à partir de pages provenant de fichiers distincts ou créées à des dates différentes. Une autre explication pourrait résider dans la réutilisation d’un document Word antérieur comportant plusieurs sections dotées de pieds de page dissociés. La simple reprise d’un modèle unique paraît toutefois insuffisante à expliquer cette discordance, puisqu’un pied de page commun aurait normalement été reproduit à l’identique sur toutes les pages. Sans accès au fichier Word source ni examen technique approfondi du PDF, il n’est pas possible de déterminer laquelle de ces explications est exacte.Établit la réunion de 13 h à 14 h, l’approbation de la rupture et les mandats d’exécution. Le passage relatif à Jos Donvil est suivi d’un bloc caviardé : la nomination ne doit donc pas être déduite du seul texte visible ; son annonce est documentée par la communication du 4 octobre.
25 SEPT.Création du fichierLa capture de propriétés attribue le document à Anette Böhm.
27 SEPT.Modification et convocationDirk Tirez est indiqué comme dernier intervenant ; le RemCo est convoqué l’après-midi.
30 SEPT.RecommandationLe RemCo recommande la rupture et privilégie une exécution rapide.
3 OCT.DécisionLe Conseil approuve la fin du contrat de 13 h à 14 h.

1. Le dossier est préparé avant la convocation formelle

Fait documentaire

La capture des propriétés du fichier « 02b Exit Jean Muls final (007).docx » indique une création le 25 septembre 2022 à 19 h 50, une dernière modification le 27 septembre à 4 h 48, Anette Böhm comme auteure et Dirk Tirez comme dernier modificateur. Elle affiche trois pages et 1 165 mots. À 15 h 22 le 27 septembre, Ross Hurwitz convoque d’urgence le RemCo pour examiner la performance de Jean Muls et d’éventuelles mesures immédiates. À 15 h 36, Audrey Hanard annonce déjà les trois sujets : sortie éventuelle et modalités, processus fermé de succession et profil de Jos Donvil apparu « ces derniers jours ».

Cette séquence établit une préparation antérieure à la réunion. Elle ne permet pas de savoir quand la décision personnelle de chaque participant s’est formée. Le suffixe « (007) », visible dans un cache Outlook, ne prouve pas à lui seul l’existence de sept versions ; il ouvre toutefois la possibilité de sauvegardes ou versions successives et constitue, à ce titre, un indice à vérifier. Le fichier natif et son historique permettraient de reconstruire les états successifs. Convocation du 27 septembre · Propriétés du fichier.

2. La note transforme des appréciations en proposition de sortie

Argumentaire préparatoire · incohérences internes

La « Recommendation to Exit » s’ouvre sur des éléments favorables : elle reconnaît la solide expérience sectorielle de Jean Muls, indique que cinq objectifs ont été formulés d’un commun accord et précise qu’un objectif EBIT a ensuite été ajouté par le CEO après consultation du CFO et discussion à l’ExCo. Elle rassemble ensuite les griefs relatifs au plan industriel, au leadership, à la communication, aux relations sociales, à l’équipe de direction, à la coopération avec l’ExCo, à Agile, au redéploiement STIB/SPF Justice, à l’absentéisme et au dossier bol.com. Le « Chief Transformation & Strategy Officer » auquel elle attribue le rôle directeur du plan est Nicolas Baise.

Trois discordances doivent rester visibles. Premièrement, la note indique une embauche au 1er janvier 2022, alors que la prise de fonction effective documentée sur le site est le 10 janvier 2022. Deuxièmement, elle place le retour négatif sur le discours de Bruges, tenu le 1er juin, dans une séquence présentée comme allant de janvier à mars : c’est un anachronisme interne. Troisièmement, elle affirme trois dialogues individuels, en mars, juin et septembre, alors que les sept supports datés des 1er et 25 mars, 2 mai, 2 juin, 5 juillet, 29 août et 26 septembre concernent les résultats collectifs et opérationnels de l’entité. Le seul entretien individuel formel actuellement identifié est celui du 7 juillet. La formule selon laquelle le dialogue de septembre aurait eu lieu « quelques jours » après le Board aux États-Unis doit également être confrontée au support du 26 septembre. Pièces du corpus Performance Review.

La note détaille enfin un projet de sortie : préavis contractuel de douze mois ou paiement, éventuelle activation d’une non-concurrence dans six pays moyennant 50 % de la rémunération mensuelle et de la moyenne variable, puis communication d’un départ négocié fondée sur des changements non précisés de circonstances privées. Elle constitue une proposition attribuée au Group CEO, pas la décision de l’organe compétent. Recommendation to Exit et traduction libre.

3. Le RemCo reçoit une présentation convergente, sans contradictoire consigné

30 septembre · 8 h–9 h

Audrey Hanard, Jules Noten et Sonja Willems participent à la réunion ; Mike Stone est excusé. Dirk Tirez est invité et Ross Hurwitz assure le secrétariat. La présidente et le Group CEO présentent ensemble le dossier. Le procès-verbal renvoie à des « dossiers associés », à un document placé dans Diligent et à des retours attribués aux pairs, aux N-1, aux partenaires sociaux et à des administrateurs, sans identifier leurs auteurs, leurs dates ou leurs supports. Il ne nomme pas la « Recommendation to Exit » : l’affirmation selon laquelle cette note précise a été partagée provient du courrier de bpost du 13 décembre 2022 et de ses écritures ultérieures.

Le procès-verbal affirme que Jean Muls a eu accès à un autre membre de l’ExCo, à une société de conseil, à un coach personnel, à un coach en communication et à un coach d’efficacité de l’équipe de direction. Cette présentation regroupe sous l’idée d’un accompagnement individuel des interventions de nature différente. Les pièces disponibles établissent que Jean Muls a lui-même organisé et mandaté trois prestations : McKinsey, retenue après une mise en concurrence afin de documenter et d’élaborer le plan industriel pluriannuel ; Anouk Van Hoofstadt, spécialiste de la prise de parole devant de grandes assemblées, recherchée et choisie par Jean Muls après la présentation de Bruges ; et une personne chargée de faciliter le séminaire de l’équipe de direction de fin septembre, dont est issue la charte cosignée par les participants. Selon Jean Muls, il n’a jamais bénéficié d’un « coach personnel » et le troisième intervenant n’était pas un coach d’efficacité, mais le facilitateur ponctuel de ce séminaire.

La qualification utilisée dans le procès-verbal ne démontre donc pas que bpost aurait conçu et mis en œuvre un programme individuel de redressement. Elle confond des ressources contractées à l’initiative de Jean Muls pour conduire le plan industriel, améliorer une compétence précise de communication et structurer un séminaire collectif. Corpus du plan industriel et sélection de McKinsey · initiative d’accompagnement en communication · travail avec Anouk Van Hoofstadt · charte issue du séminaire de direction.

Jean Muls n’est ni invité ni entendu selon le procès-verbal. Le Comité reprend les critiques, ajoute l’arrivée tardive et l’absence à des réunions syndicales récentes, évoque des demandes d’information au Conseil qui n’auraient jamais été satisfaites et questionne le processus d’embauche susceptible d’aboutir à une rupture en moins d’un an.

Les demandes d’information ne sont pas identifiées. Le procès-verbal ne précise ni leur objet, ni leur date, ni leur auteur, ni leur destinataire, ni le délai de réponse. Aucun courriel, rappel, liste de questions ou autre trace contemporaine d’une demande du Conseil laissée sans réponse n’a été identifié dans le corpus publié. Jean Muls indique ne pas savoir à quelles demandes bpost fait référence. En l’état documentaire, il s’agit donc d’un grief affirmé mais non particularisé et non étayé.

La remise en cause du recrutement doit être confrontée au processus effectivement suivi. La sélection avait été confiée à Korn Ferry ; Jean Muls avait été évalué par plusieurs administrateurs, par la présidente du Comité de rémunération et de nomination, par Audrey Hanard et dans le cadre d’une rencontre avec la ministre Petra De Sutter. Audrey Hanard avait en outre pris des références sur ses performances antérieures et ses relations avec les partenaires sociaux. Après son entrée en fonction, Jean Muls a mobilisé ses équipes, conduit un plan industriel approuvé par le Conseil, contribué au redressement des résultats et reçu, lors de son départ, des témoignages de reconnaissance de collaborateurs, de partenaires et d’un représentant syndical. Ces éléments ne concordent pas avec une simple mise en cause rétrospective du processus d’embauche. Pour que ce grief soit contrôlable, bpost devrait identifier la défaillance précise du recrutement, l’information qui aurait manqué au moment de la sélection et le lien entre cette défaillance et la rupture neuf mois plus tard. Processus de sélection et prise de fonction · Performance et résultats · Plan industriel.

Le Comité recommande ensuite au Conseil de mettre fin au contrat, puis discute d’un calendrier rapide, de la communication, de l’indemnité et du remplacement par un processus fermé. L’absence de Jean Muls et de toute réponse consignée limite la preuve d’une vérification autonome des allégations et de la prise en compte des éléments disponibles.

La situation de Sonja Rottiers doit être distinguée de celle de Sonja Willems. Sonja Rottiers ne siégeait pas au RemCo du 30 septembre : les membres présents étaient Audrey Hanard, Jules Noten et Sonja Willems. Elle était en revanche présidente du Comité d’audit et membre du Conseil du 3 octobre, où elle figure parmi les participants non excusés. Selon les propres conclusions de bpost, aux paragraphes 79, 158, 163 et 164, le rapport préliminaire avait été présenté à Audrey Hanard le 27 septembre puis envoyé à Sonja Rottiers le 28 septembre. bpost affirme parallèlement que le RemCo et les autres membres du Conseil n’ont été informés de l’enquête que le 20 octobre.

Les pièces identifiées n’établissent pas que Sonja Rottiers connaissait Jean Muls comme auteur de l’alerte. Elles établissent toutefois qu’elle connaissait l’existence de la revue et avait reçu son rapport avant le Conseil du 3 octobre. Elle se trouvait donc à l’intersection des deux processus : la revue relative à la concession et la décision de licencier l’une des personnes que bpost dit avoir auditionnées dans cette revue. Le procès-verbal ne consigne aucune question de sa part sur un lien possible entre ces processus, aucune information donnée au Conseil sur la revue et aucun examen d’un risque de représailles. Cette absence de traitement documenté constitue une question de gouvernance distincte de la connaissance de l’identité formelle de l’auteur de l’alerte. Procès-verbal du RemCo · Procès-verbal du Conseil · rapport annuel 2022 de bpost.

4. Le Conseil reprend le dossier par renvoi

3 octobre · 13 h–14 h

Le Conseil se réunit par vidéoconférence. Jos Donvil et Jules Noten figurent dans la liste des membres mais sont aussi expressément excusés. Audrey Hanard expose la recommandation du RemCo ; Dirk Tirez présente une appréciation décrite comme généralement conforme au procès-verbal du Comité ; les membres du RemCo complètent cette présentation. Le procès-verbal résume la discussion autour du calendrier, de la transformation et de la culture, de l’indemnité, de la communication et du processus d’embauche passé. Il approuve la rupture et mandate Dirk Tirez pour la négocier et l’exécuter, sans consigner de vote ni d’unanimité.

Le procès-verbal indique qu’une copie du communiqué de presse associé devait être partagée avec le Conseil. Le texte de communication était donc préparé au plus tard pendant la réunion, avant l’information de Jean Muls. Le Conseil souhaite aussi une réflexion future du RemCo sur le processus d’embauche passé. Le Conseil s’étant achevé à 14 h, le courriel « Performance JM », envoyé par Jean Muls à 14 h 35, n’a matériellement pas pu être examiné par le Conseil avant sa décision. Il reste toutefois une pièce contemporaine, envoyée avant l’annonce du licenciement, qui documente la manière dont Jean Muls présentait alors ses résultats et sa contribution, sans paraître savoir que son départ venait d’être décidé.

Le procès-verbal ne réexpose pas les preuves de chaque grief. Il renvoie aux « dossiers associés » partagés pendant la réunion. Un bloc caviardé suit le passage relatif à la succession de Jos Donvil : la décision de nomination n’est pas lisible dans la copie produite et doit être rattachée à la communication officielle du 4 octobre. Le document ne consigne ni audition de Jean Muls, ni examen de l’alerte et de la revue préliminaire, ni analyse d’un risque de représailles ou d’un conflit d’intérêts. Ces silences établissent ce qui n’est pas consigné ; ils ne prouvent pas que le sujet n’a jamais été évoqué oralement. Procès-verbal du Conseil et traduction libre.

Ce que les pièces permettent, et ne permettent pas, d’affirmer

QuestionConstat documentaireConclusion prudente
Le dossier était-il préparé ?Le fichier existe au plus tard le 25 septembre, est modifié le 27 au matin et la convocation décrit déjà la sortie et le successeur.Oui. La préparation précède le RemCo ; la date de formation de chaque opinion individuelle reste inconnue.
La pièce 02 a-t-elle été remise aux deux organes ?Les procès-verbaux évoquent des fichiers associés et des présentations convergentes, sans nommer la pièce 02. Le courrier de bpost du 13 décembre 2022 et ses écritures ultérieures affirment qu’elle a été partagée.Affirmation procédurale de bpost, non vérifiable sur les seuls procès-verbaux. La continuité de plusieurs thèmes est visible ; le support exact et sa version exigent les dossiers Diligent.
Les annexes sont-elles complètes ?Les procès-verbaux citent des fichiers associés, un document Diligent et, pour la succession, un action file, une évaluation et des références.Non vérifiable. Aucun lot complet correspondant n’a été identifié dans le corpus publié.
Les questions restées sans réponse sont-elles identifiées ?Le RemCo évoque des demandes d’information « jamais satisfaites » sans les dater ni les reproduire.Non. Ce grief demeure non particularisé tant que les demandes et réponses attendues ne sont pas produites.
Le processus d’embauche est-il identifié comme défaillant ?Le RemCo questionne un recrutement susceptible d’aboutir à une rupture en moins d’un an, sans identifier l’erreur commise, l’information manquante ou l’étape qui aurait été inadéquate.Non. Cette interrogation doit être confrontée au processus Korn Ferry, aux auditions et prises de références, puis aux réalisations documentées de Jean Muls pendant ses neuf mois de fonction.
La décision était-elle unanime ?Les deux procès-verbaux disent que les organes « agreed » après délibération, sans décompte, vote, abstention ou opposition.Pas sur ces seules pièces. Elles établissent une décision collective et aucune opposition consignée, pas un vote formel unanime.
Qui connaissait l’alerte ?La connaissance individuelle d’Audrey Hanard est établie. Selon les conclusions de bpost, la présidente du Comité d’audit, Sonja Rottiers, a été associée à la revue et a reçu le rapport préliminaire le 28 septembre. Rien n’établit qu’elle savait que Jean Muls était à l’origine de l’alerte. Sonja Willems siégeait au RemCo, mais aucune pièce identifiée ne lui attribue une connaissance antérieure. Les procès-verbaux du RemCo et du Conseil du 3 octobre n’évoquent pas l’alerte.Audrey Hanard : teneur documentée. Sonja Rottiers : existence de la revue et rapport, auteur non établi. Sonja Willems : connaissance antérieure non établie. Organes collectifs : non établi avant le Conseil du 20 octobre.
Point de gouvernance. Selon la thèse de bpost, les autres décideurs ignoraient l’alerte et le rôle de Jean Muls. Dans ce cas, ils ne pouvaient pas apprécier le risque de représailles ni la position particulière de Dirk Tirez, qui préparait, présentait puis exécutait la sortie. Si, au contraire, ils en avaient été informés, il reste à expliquer l’absence totale de cette information et de son traitement dans les procès-verbaux.

5. La succession était organisée en parallèle

Processus fermé

Dès le 27 septembre, Audrey Hanard écrit que le profil de Jos Donvil est apparu dans les jours précédents et qu’elle souhaite agir rapidement. Le 30 septembre, le RemCo examine déjà un action file, une évaluation exécutive et des références. Le 3 octobre, Jos Donvil est excusé du Conseil ; il ne peut donc pas être présenté, sur la base de ce procès-verbal, comme ayant participé au vote ou à la délibération. Le document relate l’examen de sa succession, mais le bloc suivant est caviardé : aucune décision de nomination n’est lisible dans la copie produite. Le communiqué du 4 octobre en annonce ensuite l’issue.

Récit personnel de Jean Muls. Le 4 octobre 2022, au lendemain de son licenciement, Jean Muls indique avoir croisé fortuitement Jos Donvil lors d’un événement caritatif organisé à la Basilique de Koekelberg. Celui-ci venait d’être désigné pour lui succéder à la tête de bpost Belgium. Selon Jean Muls, Jos Donvil lui a proposé de convenir d’un rendez-vous afin que lui soient présentés le plan stratégique quinquennal élaboré pour bpost Belgium, les principaux projets de transformation en cours et les priorités de mise en œuvre.

Jean Muls rapporte lui avoir demandé s’il connaissait les raisons de son licenciement. Selon son souvenir de cet échange, Jos Donvil lui a rapporté un reproche concernant la manière dont il avait traité son équipe. Jean Muls a compris ce reproche comme une référence à Nicolas Meire ; il s’agit de son interprétation, et non d’une référence explicite à Nicolas Meire ou à son dossier d’audit dans les propos rapportés de Jos Donvil. C’est en raison de cette compréhension qu’il lui a répondu au sujet de Nicolas Meire : il indique avoir expliqué que le dossier était antérieur à sa prise de fonction et que, selon son analyse, il avait été utilisé comme prétexte pour écarter Nicolas Meire, devenu un témoin important au sujet des irrégularités signalées concernant l’appel d’offres de la concession de presse. Jean Muls a ensuite mis fin à la conversation et indique ne plus avoir revu Jos Donvil depuis lors.

Ce récit personnel distingue le reproche rapporté par Jos Donvil, relatif au traitement de l’équipe, de l’interprétation qu’en a faite Jean Muls et de sa réponse concernant Nicolas Meire. Il ne permet pas d’établir que Jos Donvil visait lui-même Nicolas Meire, ni de déterminer le contenu exact des informations qui lui avaient été communiquées.

6. Deux processus de sélection d’ampleur très différente

Comparaison documentaire

Le recrutement de Jean Muls avait été confié à Korn Ferry et comportait plusieurs entretiens avec des administrateurs, la présidente du Comité de rémunération et de nomination, Audrey Hanard et la ministre Petra De Sutter, ainsi que des prises de références sur ses fonctions antérieures. Pour Jos Donvil, la convocation du 27 septembre 2022 décrit au contraire un processus fermé et un profil apparu « ces derniers jours ». Trois jours plus tard, le RemCo examine un « action file », une « executive assessment » et des références, puis le Conseil se prononce le 3 octobre.

Un message WhatsApp adressé à Danny Vanhaecht le 3 octobre 2022 à 20 h 31 constitue un jalon contemporain supplémentaire : Jean Muls écrit, quelques heures après la notification de son licenciement, « C’est fait. Jos Donvil me succède ». La pièce établit que la succession par Jos Donvil lui a été annoncée ou présentée comme acquise dès le jour de la rupture et qu’il l’a immédiatement rapportée à son interlocuteur chez Korn Ferry. Consulter l’échange contemporain.

Il ne serait pas exact d’affirmer qu’aucune évaluation de Jos Donvil n’a existé : le procès-verbal du RemCo en mentionne une. En revanche, aucun des supports cités n’est produit, aucun évaluateur externe n’est identifié et aucune mise en concurrence avec d’autres candidats n’est documentée. Le contraste porte donc sur la traçabilité, l’ouverture et l’ampleur des deux processus : une sélection externe et multipartite pour Jean Muls ; une succession fermée, préparée et décidée en quelques jours pour Jos Donvil, administrateur de bpost déjà connu des décideurs.

Le contexte public antérieur renforçait pourtant l’intérêt d’une vérification documentée. En 2019, Jos Donvil avait été cité comme favori pour devenir CEO du groupe bpost, tandis que la presse rapportait que le contexte Nethys–VOO pesait sur sa candidature. Il avait dirigé VOO et siégé au comité de direction de Nethys. En avril 2021, il a été entendu par les policiers de l’OCRC à la demande du juge d’instruction dans le dossier des indemnités de rétention de Nethys. Une audition ne signifie ni inculpation ni culpabilité ; elle rend toutefois légitime la recherche des contrôles et références effectivement examinés avant sa désignation en 2022. article de contexte du 10 octobre 2019 · auditions rapportées le 29 avril 2021.

McKinsey est également intervenu dans le dossier Nethys pour la valorisation de VOO, Win et Elicio ; cette intervention a fait l’objet d’investigations et d’une transaction avec Nethys. Les sources consultées établissent par ailleurs qu’Henri de Romrée avait été associé de McKinsey avant de rejoindre bpost et qu’il avait été cité comme autre candidat possible au poste de CEO du groupe. Elles n’établissent toutefois pas qu’il ait personnellement participé à la mission de McKinsey pour Nethys. Ces faits doivent donc rester distincts tant qu’une pièce directe n’attribue pas cette mission à Henri de Romrée. investigations relatives aux valorisations de McKinsey.

Ce qui est établi

  • Une préparation écrite entre le 25 et le 27 septembre.
  • Une convocation urgente qui envisage déjà la sortie et un successeur.
  • Une recommandation du RemCo le 30 septembre puis une décision du Conseil le 3 octobre.
  • La participation active d’Audrey Hanard et de Dirk Tirez aux deux niveaux.
  • L’absence de mention de l’alerte, de la revue et de la réponse de Jean Muls dans les procès-verbaux.

Pièces encore nécessaires

  • Le fichier Word natif et son historique de versions.
  • Le dépôt Diligent, ses annexes et les journaux de consultation.
  • Les demandes d’information prétendument non satisfaites et leurs suivis.
  • L’action file, l’évaluation exécutive et les références de Jos Donvil.
  • Les notes individuelles, échanges préparatoires et éventuel relevé d’un vote.
Conclusion de cette séquence. Les pièces prouvent une chaîne décisionnelle dans sa forme minimale : préparation, recommandation, délibération et mandat d’exécution. Elles ne permettent pas de qualifier cette chaîne de pleinement régulière : la copie du RemCo est non signée et caviardée, celle du Conseil contient aussi des occultations, les supports associés ne sont pas produits, le contradictoire n’est pas consigné, et la connaissance de l’alerte par certains participants doit être individualisée.

09 · MATRICE PROBATOIRE CONSOLIDÉE

De l’allégation générale à la preuve contemporaine

La pièce 02 regroupe dix familles de reproches. La pièce 25 consigne une évaluation qui reprend plusieurs thèmes analogues sans nommer la pièce 02 ; la pièce 26 renvoie au procès-verbal du RemCo et à une appréciation « généralement cohérente » avec celui-ci. La lettre de bpost du 13 décembre 2022 et ses écritures ultérieures affirment que la note a été partagée aux deux organes. Cette attribution doit rester distincte de ce que les procès-verbaux établissent directement.

Famille de griefsPassage dans la chaîne décisionnelleTraces et réponse actuellement identifiéesAppréciation provisoire
Allégation de trois « dialogues de performance »La pièce 02 affirme trois séquences : janvier–mars, juin et septembre. Le RemCo évoque des dialogues déjà conduits ; le Conseil reprend l’évaluation sans les détailler.Le corpus distingue sept supports de Performance Dialogue datés des 1er et 25 mars, 2 mai, 2 juin, 5 juillet, 29 août et 26 septembre, consacrés aux résultats collectifs et opérationnels de bpost Belgium, d’un seul entretien individuel de performance, tenu le 7 juillet à la demande de Jean Muls. Le courriel du 17 juin documente une préoccupation limitée au leadership et le WhatsApp du 30 juin annonce une évaluation ainsi qu’un processus équitable jusqu’au Conseil de septembre. Aucun deuxième ou troisième entretien individuel n’est identifié dans les pièces examinées.Un seul entretien individuel documenté. La qualification des revues de l’entité comme trois évaluations personnelles successives n’est pas corroborée. Aucun document contemporain ne retrace, pour trois entretiens individuels, des griefs précis, des objectifs correctifs, des échéances et un suivi.
Démarrage lent, maîtrise des dossiers et communicationLa pièce 02 formule ces reproches pour la première période. Le RemCo les reprend sous les thèmes de la préparation et de l’attention en réunion. Le Conseil renvoie à l’appréciation du RemCo.Bruges est un épisode identifiable, que Jean Muls reconnaît et auquel il répond par une démarche volontaire d’accompagnement. Les retours contemporains sur d’autres interventions sont favorables : Henri de Romrée félicite une présentation le 30 mars ; l’évaluation du hackathon atteint 8/10 et souligne l’ouverture du CEO ; Steve De Loor relève une structure claire, de l’empathie et des engagements nets. Les revues mensuelles montrent par ailleurs un suivi chiffré rapproché.Incident isolé, généralisation non établie. Les pièces justifient un axe d’amélioration de prise de parole après Bruges ; elles ne corroborent pas une insuffisance générale de communication, de préparation ou d’attention aux chiffres.
Plan industriel et rôle de McKinseyLa pièce 02 reproche la lenteur et attribue le rôle directeur à Nicolas Baise et McKinsey. Le RemCo invoque les ressources supplémentaires accordées et des difficultés d’exécution.Le plan a été élaboré avec Nicolas Baise et McKinsey et exposé le 25 août à Petra De Sutter et Kurt Van Raemdonck. Jean Muls précise avoir présenté seul au Conseil, les 13 et 14 septembre, le volet consacré à bpost Belgium. Le support de restitution du 26 septembre indique que le Conseil a hautement apprécié la profondeur et la pertinence des analyses, reconnu la transformation commencée en 2022 et approuvé les cinq piliers, tout en demandant des scénarios et approfondissements.Gouvernance conjointe et validation d’orientation établies ; substitution non démontrée. Le soutien du Chief Strategy Officer et de McKinsey était prévu dans le dispositif. La présentation assumée seul et le feedback positif du Conseil contredisent l’idée d’un effacement de Jean Muls. La validation n’était toutefois pas inconditionnelle : des travaux complémentaires restaient requis.
Équipe de direction et « consequence management »La pièce 02 affirme qu’aucun membre n’a été remplacé et que les directions resteraient divergentes. Le RemCo reprend l’absence de transformation de l’équipe.Les pièces datent la prise de fonction de Dieter De Waegeneer au 1er avril, le départ de Paul Vanwambeke au 15 juillet, le travail sur sa succession dès le 30 juin, la nomination de Katleen Vanhaekendover au 5 septembre et la communication à l’équipe Omega début août. La charte du comité de direction du 29 septembre, cosignée par les participants, fixe un cadre commun de responsabilités, de décision, de performance, de stratégie et de gouvernance.Actions et cadre collectif établis. Le corpus exclut l’affirmation absolue selon laquelle aucune mesure n’aurait été prise pour reconfigurer l’équipe ou aligner son fonctionnement.
Réductions d’effectifs, redéploiement et absentéismeLa pièce 02 reproche un intérêt limité pour les redéploiements STIB/SPF Justice et l’absence de progrès sur l’absentéisme. Le RemCo regroupe ces thèmes sous la gestion des coûts.Le projet Agile documente un écart de frais généraux de 24 % contre un benchmark cible de 15–17 %, une ambition de réduction d’environ 30 % et l’accompagnement de BCG. Pour l’absentéisme, le support du 29 août situe la courte durée à 5,52 % en avril, dans la médiane ou légèrement mieux que les pairs logistiques retenus et sous les secteurs belges du benchmark SD Worx. Le sujet restait suivi opérationnellement et l’objectif d’amélioration demeurait.Problèmes identifiés et réponses engagées ; grief à nuancer. Le benchmark ne permet pas de présenter les postiers comme particulièrement absents par rapport aux comparables. Il ne couvre toutefois qu’un indicateur de courte durée et ne prouve ni que toute difficulté était résolue, ni que chaque solution de redéploiement était adéquate. La continuité d’Agile après le départ de Jean Muls n’est pas identifiable dans le corpus.
Collaboration avec l’ExCo et transparence envers la FinanceLa pièce 02 invoque une collaboration insuffisante et l’incident récent avec le CFO. Le RemCo mentionne le manque de transparence sur des investissements clés.Les échanges conservés avec Philippe Dartienne montrent une relation de travail directe avant le désaccord de septembre. Anette Böhm dit le 3 octobre que certaines personnes ne veulent pas que Jean Muls réussisse, ce qui contredit une imputation univoque des difficultés de coopération. Pour bol.com, deux Pricing Boards précèdent l’accord, accueilli favorablement le 15 septembre par Dirk Tirez et Philippe Dartienne. Le 26 septembre, Jean Muls conteste la violation, propose d’adapter la gouvernance et d’organiser des échanges réguliers.Désaccord de gouvernance documenté ; défaut général de coopération non établi. La coapprobation effective du BU CFO et l’intervention de Legal/Costing restent à démontrer. Le traitement correctif proposé et la clarification consignée le 3 octobre doivent être intégrés à l’appréciation du grief.
Style de management, fiabilité et messages « confus »La pièce 02 formule une appréciation qualitative forte. Le RemCo évoque des retours de pairs, N-1, partenaires sociaux et administrateurs, sans les individualiser. Le Conseil reprend l’évaluation.Le courriel du 17 juin établit une préoccupation sur le leadership, mais sans incident ni exemple. Les auteurs, dates et formulations des autres retours ne sont pas identifiés dans les trois pièces centrales.Préoccupation établie, contenu peu vérifiable. Il faut individualiser les retours et rechercher s’ils ont été communiqués à Jean Muls.
Relations avec les syndicatsLa pièce 02 évoque un manque d’engagement puis des relations compliquées. Le RemCo ajoute le retard du 20 septembre et l’absence du 29 septembre.Dix-sept réunions collectives sont documentées jusqu’au 23 juin, puis plusieurs entretiens individuels en juin, août et septembre. Les échanges avec Patrick Simon, Annick Boon, Geert Cools, Stéphane Daussaint et Thierry Tasset, le soutien public rapporté au Top 800 de Bruges, la crise dirigée contre Dirk Tirez en juin et la préparation sociale du plan industriel établissent des relations suivies. Audrey Hanard déclare en outre avoir pris des références sur les relations de Jean Muls avec les partenaires sociaux. Le PV du 29 septembre établit toutefois des critiques sévères sur l’absence. Le conflit d’agenda et les remplacements étaient connus.L’incident du 29 septembre est établi ; sa généralisation à l’ensemble de la relation sociale est contredite par plusieurs éléments contemporains, dont la déclaration d’Audrey Hanard sur les références qu’elle avait prises.
Préavis et tract du 15 septembreLe projet de préavis de grève générale est transmis directement par courriel. Dieter De Waegeneer indique que le tract en était une traduction.Le 15 septembre, Dieter décrit une situation « près du point d’ébullition », écrit qu’ils viennent d’éviter un tract de Stéphane Daussaint et confirme à Jean Muls que celui-ci ne le distribuera pas. Selon Jean Muls, l’absence de tract est inhabituelle chez bpost lorsqu’un préavis de grève est déposé.La préparation puis la non-distribution volontaire du tract sont documentées. Restent à identifier les personnes désignées par « nous », l’auteur et la raison de la décision, ainsi que le lien avec la manière dont le mécontentement a été exprimé au Comité paritaire du 29 septembre.
Performance au Conseil et demandes sans réponseLe RemCo ajoute l’appréciation d’Audrey Hanard sur les réunions du Conseil et des demandes d’information qui n’auraient jamais reçu de réponse. La pièce 26 reprend ce thème par renvoi.Les demandes concernées, leurs dates, leurs destinataires et les réponses attendues ne sont pas désignées dans les procès-verbaux. Les présentations stratégiques et les Board files doivent être confrontés à ce reproche.Grief institutionnel mais non particularisé. Son contrôle exige les questions du Conseil et le suivi documentaire correspondant.
Coaching, attitude défensive et absence d’améliorationLe RemCo énumère plusieurs formes de coaching et conclut qu’une amélioration matérielle est improbable. La pièce 02 décrit Jean Muls comme défensif.Après Bruges, Jean Muls demande lui-même la vidéo, sollicite un retour précis et organise un accompagnement intensif avec retour vidéo. Les courriels identifient ses axes de progrès et documentent le travail ultérieur avec Anouk Van Hoofstadt. Le WhatsApp du 30 juin entre Dirk Tirez et Audrey Hanard envisageait encore une chance de redressement et l’absence d’urgence à décider.Réceptivité et action corrective documentées. L’affirmation d’une absence d’amélioration n’est pas rattachée à une mesure comparative, une échéance ou une évaluation postérieure de la prise de parole.
Premier constat : la chaîne Pièce 02 → RemCo → Conseil établit la circulation et l’adoption des griefs. Leur force probante dépend encore, pour chaque thème, d’une pièce contemporaine identifiable, de la communication du reproche à Jean Muls et de l’examen de sa réponse.

10 · CHRONOLOGIE PUBLIQUE

Du silence officiel à la sous-performance : les motifs changent de registre

Les formulations rendues publiques ne proviennent pas toutes de bpost. La chronologie distingue le portrait professionnel antérieur au recrutement, le communiqué officiel, le document administratif remis au travailleur et les appréciations publiées sur la base de sources anonymes, internes ou journalistiques. Elle permet de mesurer le passage d’une présentation initialement très favorable à un récit de lenteur, d’absence de réformes, de sous-performance et d’échec managérial.

9–25 octobre 2022 : le besoin d’un récit professionnel utilisable est contemporain

Échanges avec le recruteur

Le 9 octobre, Jean Muls soumet à Danny Vanhaecht le texte qu’il espère voir intégré à la communication du troisième trimestre : changement fondamental de gouvernance, contribution au redressement financier et plan stratégique quinquennal. Danny Vanhaecht répond que le texte est très bon et peut être utilisé, sous une forme plus courte, dans un texte de référence. Le 25 octobre, Jean Muls lui transmet le courriel de ses conseils rapportant que le conseil de bpost juge inapproprié le passage de De Standaard sur les réformes prétendument non réalisées et annonce une rectification.

Ces messages montrent que la formulation publique des motifs et la nécessité d’une référence professionnelle sont discutées avec le recruteur dans les semaines mêmes de la rupture. Ils relient la chronologie des motifs publics à leur enjeu immédiat sur le marché du travail. Échanges avec Danny Vanhaecht.

Conclusion. Le dossier public passe d’un portrait professionnel très favorable, puis d’une annonce officielle neutre assortie d’un remerciement stratégique, à des reproches de lenteur et d’absence de réformes. En 2023, le récit s’étend à la crédibilité du lanceur d’alerte, aux capacités professionnelles, au coût du départ et finalement à une sous-performance présentée comme la version de bpost. Cette évolution est documentée par les copies conservées. Elle doit être comparée, étape par étape, aux motifs officiels et judiciaires.

11 · ÉVOLUTION DES MOTIFS

Quatre niveaux documentaires à ne pas confondre

Le courrier du 25 juin 2025 est ensuite utilisé comme un prétendu aveu

Confrontation de la pièce 67 aux conclusions de bpost

Dans ses conclusions d’appel, bpost présente le courrier adressé au Conseil le 25 juin 2025 comme une admission de lacunes dans la gestion de l’équipe et comme la reconnaissance implicite d’un besoin de soutien dans l’élaboration du plan stratégique. Le texte d’origine formule une proposition de clôture après le jugement et explique que le contexte de la collusion avait entravé l’action de Jean Muls sur plusieurs fronts. Il ne contient ni reconnaissance d’une incapacité managériale ni demande personnelle d’assistance. Le passage d’une explication contextuelle formulée en 2025 à un prétendu aveu portant sur la performance de 2022 constitue donc une interprétation judiciaire de bpost, qui doit être distinguée du contenu littéral de la pièce.

Consulter les courriels et lettres du 25 juin 2025 · Voir l’usage de la pièce 67 dans les conclusions de bpost.

01Évaluation interneAppréciations du CEO, retours internes et incidents invoqués.
02Décision de gouvernanceRecommandation du RemCo puis décision du Conseil.
03Communication au salariéLettre de rupture, réunions et courriers postérieurs.
04Justification judiciaireQualification, preuve et causalité discutées devant le juge.
ÉtapeMotifs ou thèmes exprimésObservation critique
« Recommendation to Exit »Leadership, communication, plan stratégique, relations syndicales, gestion de l’équipe, collaboration, rythme de transformation.Document central et détaillé, mais non daté dans sa forme produite. Les propriétés d’un fichier Word distinct constituent un indice de genèse ; elles ne prouvent ni l’identité des versions ni la date de rédaction de la pièce produite.
RemCo et ConseilPerformance et adéquation au rôle, incidents récents, besoins de transformation et de leadership.Les procès-verbaux établissent une discussion et une décision institutionnelles. Ils synthétisent les motifs sans annexer, pour chaque critique, une preuve autonome, et leurs parties lisibles ne mentionnent ni l’alerte ni la revue pourtant connues de la présidente. Les passages masqués interdisent de traiter ces copies comme un relevé exhaustif.
Lettre du 3 octobreAucun motif explicite ; confirmation de la fin du contrat et poursuite des discussions sur les modalités.Elle prouve la date et l’effet de la rupture. Elle ne permet pas, isolément, d’en identifier la cause.
Courriers postérieursMaintien des motifs de performance ; débat parallèle sur l’information relative à Cleopatra et la transparence.Deux plans se superposent : la justification de la décision déjà prise et le conflit postérieur sur l’enquête. Leur chronologie doit rester distincte.
Écritures d’appelDéveloppement précis des incidents, des retours, du processus de décision et de l’absence alléguée de lien avec l’alerte.La thèse est plus documentée qu’au moment de la rupture. Il appartient à la Cour d’apprécier si ces éléments expliquent la décision contemporaine ou constituent une justification reconstruite après le litige.

Ce qui paraît constant

Le vocabulaire varie, mais la position de bpost conserve un axe reconnaissable : Jean Muls n’aurait pas présenté le profil de leadership et d’exécution requis pour conduire la transformation de l’unité Belgique. Cette continuité interdit de décrire tous les motifs plaidés comme entièrement nouveaux.

Ce qui change

Le degré de détail augmente fortement. La note préparatoire énumère des critiques ; les procès-verbaux les incorporent dans une décision de gouvernance ; la lettre de rupture reste silencieuse ; les courriers de novembre et décembre formalisent l’opposition ; les conclusions d’appel relient enfin chaque thème à des pièces et à une argumentation juridique.

Ce qui doit rester séparé

L’alerte, les documents transmis, la revue préliminaire et la connaissance qu’en avait Audrey Hanard sont antérieurs à la rupture. En revanche, les reproches d’incomplétude ou de mensonge et la remise des enregistrements appartiennent principalement à la séquence postérieure. Il faut donc intégrer les premiers comme contexte contemporain de la décision, sans transformer automatiquement les seconds en motifs rétroactifs du licenciement.

12 · POSITIONS JUDICIAIRES

Trois lectures du même enchaînement

Position de bpost en appel

Position d’une partie

bpost soutient que la décision résulte d’un ensemble convergent : appréciation du CEO, expérience propre des administrateurs, retours internes, incidents concrets et nécessité de conduire rapidement la transformation. Elle affirme que le Conseil, comme organe collectif, ignorait le 3 octobre le rôle revendiqué par Jean Muls dans la révélation des irrégularités et qu’un lien de représailles est donc matériellement impossible. Cette thèse doit désormais être confrontée à la connaissance établie d’Audrey Hanard, participante au RemCo et au Conseil, tout en distinguant sa connaissance individuelle d’une information formellement donnée à l’ensemble des administrateurs.

Position de Jean Muls

Position d’une partie

Jean Muls conteste la réalité, la gravité et la traçabilité des critiques de performance. Il met en avant ses résultats, le contexte de l’audit, les informations communiquées à la direction et à la présidente, le moment de la préparation de sa sortie et l’absence de motivation dans la lettre de rupture. Il soutient que la justification par la performance a été construite pour masquer le lien avec l’alerte.

À propos de bol.com, Jean Muls soutient avoir agi dans sa délégation, dans la continuité d’un dispositif collectif de Pricing Boards, puis avoir traité les préoccupations soulevées en organisant une présentation et en proposant de renforcer la gouvernance. Les pièces corroborent les réunions collectives, la connaissance et les félicitations de Dirk Tirez et Philippe Dartienne les 15–16 septembre, ainsi que les mesures proposées le 26 septembre. Elles ne prouvent pas la coapprobation préalable du BU CFO ni l’intervention de Legal et du costing. Voir l’analyse complète de l’incident bol.com.

Appréciation du premier juge

Décision frappée d’appel

Le Tribunal a considéré que la note était un document unilatéral, général et insuffisamment corroboré, et que bpost ne démontrait ni la tenue ni le contenu des entretiens de performance allégués. Il a retenu que l’action de Jean Muls comme lanceur d’alerte constituait la motivation réelle et a accordé l’équivalent de dix-sept semaines de rémunération. bpost demande à la Cour de réformer cette décision.

13 · FORCE ET LIMITES DES SOURCES

Ce que le corpus permet déjà d’établir

Éléments solidement datés

  • Les transmissions à Audrey Hanard des 24 et 28 mars.
  • Les entretiens des 1er et 8 septembre et les captures des échanges des 6–9 septembre.
  • La convocation du Comité le 27 septembre.
  • La recommandation du RemCo le 30 septembre.
  • Le SMS du 1er octobre et l’enregistrement du 3 octobre au matin.
  • Le courriel de 13 h 59, la réponse de 15 h 07 et la notification vers 16 h 30 le 3 octobre.
  • La décision du Conseil et la rupture le 3 octobre.
  • La demande formelle des motifs le 15 novembre.
  • La correspondance structurée de fin novembre et décembre.

Limites à conserver à l’écran

  • La note « Recommendation to Exit » n’est pas datée dans le document produit.
  • La capture de métadonnées ne retrace pas toutes les versions ni toutes les contributions.
  • La pièce 02 elle-même ne porte ni date, ni auteur, ni en-tête ; sa datation et sa circulation reposent sur des sources distinctes.
  • La copie du RemCo comporte des passages caviardés, des lignes de signature vides et un pied de page d’ordre du jour ; la copie du Conseil est signée mais caviardée et conserve un pied de page daté du 12–15 septembre sur sa première page.
  • Les procès-verbaux prouvent ce qui a été consigné, pas automatiquement l’exactitude de chaque appréciation.
  • Les écritures judiciaires sont des argumentaires, même lorsqu’elles citent des pièces contemporaines.
  • Le jugement de première instance reste soumis au contrôle de la Cour.

Matrice des questions encore ouvertes

La matrice probatoire consolidée rapproche déjà, pour chaque famille de critiques, le passage dans la chaîne décisionnelle, les traces contemporaines, la réponse de Jean Muls et l’appréciation qui peut en être tirée. La matrice suivante complète ce travail par acteur et distingue les questions résolues de celles qui exigent encore une pièce déterminée.

Portée procédurale. Les documents mentionnés dans la dernière colonne sont principalement détenus par bpost. Leur absence ne constitue donc pas une lacune que Jean Muls pourrait combler seul. Elle permet de formuler devant la Cour des demandes ciblées de production, en identifiant pour chaque question le document recherché, son détenteur vraisemblable et le fait qu’il permettrait de vérifier.
Acteur ou organeCe qui est établi avant la ruptureQuestion résiduelleProduction susceptible d’être demandée à bpost
Audrey Hanard
Présidente du Conseil
Elle reçoit les documents transmis par Jean Muls, échange avec lui sur la nécessité d’une revue, reçoit la présentation du rapport préliminaire le 27 septembre et participe au RemCo du 30 septembre ainsi qu’au Conseil du 3 octobre. Le contrôle des 55 captures Signal montre plusieurs réglages successifs effectués par les deux interlocuteurs. Le 5 octobre, la capture conservée par Jean Muls attribue à Audrey Hanard un réglage à une heure ; la pièce 67 de bpost, issue du téléphone de la Présidente et prise environ cinq à six minutes plus tôt après correction du fuseau horaire affiché, attribue à Jean Muls un autre réglage à une heure dans la même séquence.La teneur de sa connaissance n’est plus une question ouverte. Restent à établir les informations qu’elle a personnellement transmises, à qui et à quelle date avant chaque réunion. Pour Signal, la contradiction concerne l’attribution exclusive avancée par bpost, tandis que la durée active d’une heure est commune aux deux sources. Les captures sont compatibles avec plusieurs opérations successives et ne suffisent pas à en fixer seules l’ordre complet.Courriels, messages et notes de transmission ; annexes et journaux du dépôt Diligent ; notes préparatoires des 27 et 30 septembre et du 3 octobre ; copie complète des échanges Signal conservés par Audrey Hanard, fichiers originaux des captures invoquées par bpost et export ou événements natifs Signal permettant d’ordonner chaque modification. Voir le contrôle capture par capture.
Sonja Rottiers
Présidente du Comité d’audit
Selon bpost, elle reçoit le rapport préliminaire le 28 septembre. Elle ne siège pas au RemCo, mais participe au Conseil du 3 octobre.Les pièces n’établissent pas qu’elle connaissait Jean Muls comme auteur de l’alerte. Elles ne montrent pas davantage si elle a signalé au Conseil l’existence de la revue ou interrogé le lien possible entre la revue et la rupture.Rapport préliminaire dans sa version transmise ; courriel d’envoi du 28 septembre ; notes de Sonja Rottiers ; documents préparatoires et dossiers associés du Conseil.
Sonja Willems
Membre du RemCo
Elle participe au RemCo du 30 septembre, qui recommande la rupture.Aucune pièce identifiée ne lui attribue une connaissance antérieure de l’alerte ou de la revue. Il reste à déterminer quelles informations figuraient dans les dossiers mis à sa disposition.Dépôt Diligent du RemCo, fichiers associés, courriels de convocation et éventuelles notes individuelles.
Dirk Tirez
Group CEO
Il contribue au fichier préparatoire, présente le dossier au RemCo et au Conseil, puis reçoit le mandat de négocier et d’exécuter la rupture. Il répond le 3 octobre au courriel de contestation de Jean Muls.Il reste à individualiser ce qu’il savait de la revue, de son origine et de son résultat préliminaire au moment où il recommande la rupture, ainsi que les informations qu’il a communiquées aux organes.Fichiers natifs et historique de la pièce 02 ; échanges avec Audrey Hanard, les enquêteurs et la CHRO ; supports de présentation au RemCo et au Conseil.
Anette Böhm
CHRO
La capture de métadonnées l’identifie comme auteure du fichier préparatoire créé le 25 septembre. Elle est consultée avant le RemCo et intervient dans les échanges relatifs à la rupture. Le nom « 02b Exit Jean Muls final (007).docx » et les informations matérielles disponibles ouvrent la question d’évolutions successives du document, sans établir à eux seuls le nombre de versions ni la nature des modifications.La source précise des griefs qu’elle a intégrés, l’évolution du contenu, les contributeurs et les versions successives restent à établir. Ses échanges des 1er et 3 octobre documentent sa connaissance d’une restitution rassurante de la revue ; sa connaissance antérieure, lors de la préparation de la note, reste à préciser.Fichier Word natif « 02b Exit Jean Muls final (007).docx », propriétés complètes, historique des versions et des modifications, versions antérieures, courriels d’instruction, transmissions et notes de consultation.
RemCo du 30 septembreIl reçoit une présentation convergente de la présidente et du Group CEO et recommande la rupture. Son procès-verbal ne mentionne ni l’alerte ni la revue.Le contenu exact des dossiers associés, l’information individuelle des membres et les éventuelles questions relatives à l’alerte ne sont pas consignés.Lot Diligent complet, action file, pièces associées, notes individuelles et version signée non caviardée du procès-verbal.
Conseil du 3 octobreIl approuve la rupture et mandate Dirk Tirez pour l’exécuter. Sonja Rottiers participe à la réunion ; Jos Donvil et Jules Noten sont excusés. Les parties lisibles du procès-verbal ne mentionnent ni la revue ni un examen du risque de représailles.L’information collective du Conseil sur la revue avant la décision n’est pas établie. Selon bpost, le Conseil n’en est formellement informé que le 20 octobre.Dossiers associés, support présenté, communiqué transmis au Conseil, notes des administrateurs et procès-verbal non caviardé.
Processus de successionUn processus fermé est annoncé le 27 septembre ; le RemCo examine le 30 septembre un action file, une executive assessment et des références concernant Jos Donvil.Les supports ne sont pas produits et aucun évaluateur externe ni comparaison avec d’autres candidats n’est identifié.Action file, executive assessment, prises de références, identité de leurs auteurs et chronologie de leur constitution.
État de l’instruction. Les questions principales ne portent plus sur l’existence ou la teneur de l’alerte remise à Audrey Hanard. Elles portent sur sa circulation avant les 30 septembre et 3 octobre, sur l’information individualisée des décideurs et sur le contenu exact des supports qui leur ont été remis. Il peut être demandé à la Cour d’ordonner à bpost la production des fichiers Diligent et des échanges préparatoires identifiés dans cette matrice afin de vérifier ces points.

14 · PUBLICATIONS POSTÉRIEURES

Les échanges Facebook renvoient à deux expériences documentées

Deux fils consacrés aux causes de la grève présentent la lecture ultérieure de Jean Muls sur la stratégie 3PL–Radial et sur la conduite des transformations sociales. Le premier renvoie au courriel contemporain du 23 août 2022 adressé à Patrick Simon ; le second rapproche la situation de bpost de l’intégration FedEx–TNT et de l’accord social de Liège. Un troisième échange reproduit le soutien public de Pascal Blondiau, qui indique avoir revu son jugement et soutient Jean Muls comme lanceur d’alerte.

Ces publications postérieures sont utilisées comme prises de position et témoignages publics. Les courriels contemporains, accords et échanges directs auxquels elles renvoient restent les pièces de référence pour l’analyse des faits de 2022.

15 · ÉCHANGES CONTEMPORAINS

Deux fils professionnels qui nuancent l’image d’une insuffisance ancienne et généralisée

Nicolas Baise : une contribution stratégique encore active jusqu’à la rupture

Messages contemporains · Conseil · GEC

Les échanges montrent Jean Muls encore mobilisé dans la préparation du plan industriel, des notes destinées au Conseil et au GEC, ainsi que dans des questions de gouvernance. Le 28 août 2022, il transmet une trame qu’il indique avoir substantiellement retravaillée. Les 23 et 25 septembre, il formule des réserves sur Blueprint, la cohérence et l’équité du dispositif. Le 1er octobre, il propose un contrôle post-acquisition d’Aldipress et l’application du principe des quatre yeux.

Portée. Cette séquence est difficile à concilier avec l’image simple d’un dirigeant déjà isolé ou ne contribuant plus à la réflexion stratégique. Elle ne démontre toutefois ni que Nicolas Baise partageait ces réserves, ni qu’il connaissait la préparation du licenciement.

Consulter le fil chronologique avec Nicolas Baise →

Henri de Romrée : dialogue cordial et absence de critique explicite à proximité de la rupture

Septembre 2022 · Relation professionnelle

Les échanges des 15 au 20 septembre 2022 demeurent cordiaux et opérationnels. Jean Muls y identifie notamment un risque de concentration de clientèle, analyse qu’Henri de Romrée accueille positivement. Le fil ne fait apparaître aucune critique explicite de ses performances dans cette période proche de la rupture.

Portée et limite. Cette absence visible mérite d’être confrontée aux griefs ultérieurs présentés comme anciens ou généralisés. Elle ne permet cependant pas d’exclure l’existence d’échanges hors messagerie ou de critiques non communiquées à Jean Muls.

Consulter le fil chronologique avec Henri de Romrée →

16 · CONTRÔLE TRANSVERSAL

Séparer les motifs décisionnels de leur cadrage médiatique postérieur

Incidence sur l’analyse. Les échanges avec Pascal Dendooven et Robert Vertenueil documentent la circulation et la contestation ultérieures du récit. Ils n’établissent ni les motifs disponibles le 3 octobre 2022, ni une intervention de ces acteurs dans la décision. Le noyau des motifs doit rester reconstruit à partir des pièces antérieures ou contemporaines à la rupture.

17 · PRÉCISION DOCUMENTAIRE

Luc Tegethoff figure explicitement parmi les intervenants

Le compte rendu de Mark Michiels situe Luc Tegethoff parmi les représentants syndicaux intervenus le 29 septembre, sans reproduire ses propos personnels. La remarque finale sur la perte de confiance y est attribuée à Geert Cools ; la fiche de Luc Tegethoff présente la source et ses limites.

« Het is Stéphane die de toon heeft gezet, gevolgd door Thierry, Annick en Luc. »

La teneur personnelle de l’intervention de Luc Tegethoff reste à préciser à partir d’une source directe ou d’un compte rendu détaillé. Les questions relatives à Pascal Dendooven et Patrick Simon sont des demandes de clarification, non des faits établis.

18 · CONCLUSION

Les pièces datées montrent des critiques générales ; leur formalisation exacte, leur poids réel et leur causalité restent à démontrer

  1. Les travaux datés du RemCo et du Conseil font apparaître des critiques générales de performance et d’adéquation au rôle. La « Recommendation to Exit » développe un argumentaire plus détaillé, mais sa date de rédaction n’est pas établie par la copie produite. Le contentieux développe ensuite ces thèmes beaucoup plus largement. Le contexte social antérieur — tensions SoPlaFi, audit des voitures de service dans le périmètre de Patrick Simon, contestation vive de sa méthode, rupture de concertation visant Dirk Tirez puis confiance annoncée comme rétablie — interdit toutefois d’isoler l’incident du 29 septembre de toute la séquence de 2022. La phrase agressive attribuée à Patrick Simon demeure un propos rapporté ultérieurement, non un écrit direct.
  2. La motivation n’est toutefois pas communiquée de manière complète dans l’acte de rupture. Son contenu doit être reconstruit à partir de la note, des procès-verbaux, des réunions alléguées et des courriers postérieurs.
  3. La chronologie de l’alerte établit qu’Audrey Hanard connaît avant le RemCo et le Conseil l’alerte, le corpus documentaire remis aux enquêteurs et le résultat préliminaire de la revue. Elle participe donc au processus de licenciement avec cette connaissance, même si l’information collective des deux organes n’est pas établie.
  4. Le 30 septembre, le questionnement sur d’éventuelles mesures contre Nicolas Meire et la recommandation de licencier Jean Muls appartiennent à la même journée. Les 1er et 3 octobre, Anette Böhm restitue une appréciation rassurante qu’elle attribue à Dirk Tirez ; le 3 octobre, celui-ci traite encore la contestation de Jean Muls avant la notification de la rupture et écrit ne pas disposer du rapport. Cet enchaînement renforce la nécessité d’un examen causal et de gouvernance, sans suffire seul à démontrer des représailles ou une manipulation de l’audit.
  5. La comparaison confirme le même contenu pour la chaîne Muls–Tirez du 24 mars et la lettre DPG communiquées à la présidente et aux enquêteurs. Elle ne permet pas de conclure à l’identité exhaustive de tous les documents ou échanges oraux. Les accusations postérieures de mensonge doivent être analysées séparément et précisément.
  6. Pour bol.com, les pièces établissent un désaccord réel sur le circuit de validation, mais aussi une revue collective, une annonce accueillie positivement par le CEO et le CFO du groupe, l’absence de contrat définitif signé et des mesures correctives proposées. Le corpus publié ne permet pas de transformer sans étape supplémentaire cette faiblesse de processus possible en violation délibérée ou en faute grave.
  7. La différence entre « motifs disponibles le 3 octobre », « contexte connu des participants » et « éléments ajoutés pour prouver les motifs en justice » doit désormais guider l’analyse.